samedi 4 mai 2019

La Revue de Belles-Lettres 2018-2


Et joie nouvelle, de vous annoncer la parution de deux textes inédits, dans le dernier numéro de « La Revue de Belles-Lettres » (2018,2) qui vient de sortir. 
Et d’être ainsi aux côtés de Gilles Ortlieb, Jacques Réda, Jean Rolin...
http://www.larevuedebelleslettres.ch/revues/20182/



Pièce détachée


Et un autre texte paru ! J'ai écrit un souvenir d’habit pour cette revue audacieuse qui s'invente !
"Pièce détachée", c’est une revue culturelle consacrée au vêtement.
Monothématique, elle met à l’honneur un vêtement (ou, par extension, un accessoire) à travers des articles relevant de champs divers (société – mode – histoire – art & littérature – culture pop), des nouvelles, des entretiens et des reportages. 
Le premier numéro est paru fin septembre et a pour sujet "la ROBE". https://www.piecedetacheemagazine.com

Pan & The Dream


Un bonheur de vous annoncer la sortie imminente du numéro 2 du magazine "Pan & The Dream" pour lequel j'ai écrit un long conte. 
Voici la présentation de la revue : "Ce numéro intitulé "La Belle et la Bête" explore la notion de "beauté" à travers les mots et les images d'une vaste gamme d'artistes, d'écrivains et de penseurs de premier plan du Monde entier". 
Il est possible de le pré-commander via le lien qui suit ; sinon il sera bientôt disponible à Paris, je vous préviendrai !

La Revue de Belles-Lettres

    

C'est pour moi un jour lumineux, un grand, car voici que je suis publiée pour la toute première fois. Quatre de mes textes sont dans ce nouveau numéro de La Revue de Belles-Lettres (RBL), "l’une des plus anciennes revues littéraires du monde francophone, et aujourd'hui considérée comme une référence en matière de poésie contemporaine".
J'ai des larmes de joie qui roulent, des belles, de ce cap.

La fin


Quand on commence un livre, on le lit en sachant qu’il y a un bout. On regarde parfois son nombre de pages, c’est une mesure que l’on prend.
On le lit en connaissant cet intervalle jusqu’à sa fin. Et même on sent cette fin entre nos mains, on sent comme on s’en approche si les pages lues sont plus nombreuses que celles à lire.
Certains trichent un peu, et s’enquièrent du dernier paragraphe avant d’entamer l’introduction. Ils ont l’ultime mot en tête, ils ne peuvent pas l’oublier. Mais ils lisent le livre tout de même, pour voir comment on en arrivera là.
Lorsque le feuillet se fait très mince, lorsqu’il n’y a plus que deux ou trois coins à tourner, on ne l’avait pas vu arriver. Mais c’est fluet d’un coup entre les doigts.
On a alors le cœur qui se met à palpiter, soit parce qu’on s’emporte de l’impatience de découvrir un dénouement, soit parce qu’on ne veut pas que cela se termine déjà.
Parfois, on fait durer cette extrémité jusqu’au lendemain, en se gardant ces trois pages encore un peu.
Devant les phrases qui s’amenuisent, on s’oblige à la tempérance, on freine ses yeux comme un cheval. On s’applique à chaque mot. Mais tout doit finir.
Et c’est fini .
Et si on observe encore quelques instants le volume, on voit ce livre se refermer tout seul, la couverture s’abaisser lentement, magiquement.
Et l’avez vous remarqué, qu’alors on le saisit, qu’on le tient quelques instants encore, qu’on le tient comme on tiendrait un sentiment entre ses bras ?



Sur la table



Tu dis « pose le sur la table ». Et c’est ce que je fais.
Je le pose sur la table et même sans y penser. Je ne vois plus la table.
C’est lorsqu’elle n’est plus qu’un réceptacle. Un rectangle de passage. Celui du courrier en instance, celui du pain de la journée, et du couvert aux heures des repas.
C’est comme les bribes où je dis « le chien » au lieu du nom de mon chien. Quand cela devient ordinaire et impersonnel. La table n’a pas de prénom, mais tout se passe autour d’elle. Tout tourne autour d’elle.
C’est le repère d’un lieu. Et on mange avec elle. Et si elle disparaissait d’un coup cela serait davantage qu’un vide, ça ferait résonner les murs, il y aurait de l’écho comme dans les lieux que l’on déménage.
Une table est aussi importante qu’un lit. On peut ne vivre avec rien. Mais quand le corps est seul il s’allonge pour dormir, il s’assoit sur un rocher, et il s’attable sur ses genoux.
Le lit la chaise la table. Ce sont les meubles qui ont dû naître les premiers.
Les meubles qui accompagnent l’essentiel des gestes. Ces meubles qui nous supportent.
Ce qui est juste sous le nez s’oublie comme une évidence. Ce qui est sous le nez ne sait plus être regardé. Et ce n’est même pas ce que l’on nomme lassitude. C’est l’habitude qui oublie. C’est comme un amour qui s’ennuie des manies qu’il chérissait.
Une table c’est un appui. C’est un sol surélevé. Elle étaie les coudes réfléchissants. C’est une canne sans vieillesse.
Je me suis souvent dit cela à propos du néant dans l’univers : quand il n’y a rien sur la table, il y a quand même la table.


Sauver les meubles




Le matin, avec ce qu’il y a de mobilier à jeter sur les trottoirs des rues de Paris, on pourrait se meubler un royaume. Ces amas reçoivent un code pour le passage des camions de la déchetterie, un code qui semble ne vouloir rien dire, qui commence souvent par un W suivi de d’autres consonnes et de chiffres et c’est imprononçable. Un code pour leur infortune.
Ces choses se pelotonnent entre elles, on les croirait grelotter de la peur d’être d’un coup abandonnées dehors. Elles sont peut-être un peu cassées sur les bords, on aurait pu les réparer. Mais elles sont reléguées par ce Monde qui ne veut que du neuf sans odeur, et qui fait disparaître chaque jour des monceaux de tout, et qui ne fabrique plus rien avec les mains.
Mais avant la tournée des camions ravageurs, il y a un petit peuple de l’aube composé de gens épars, qui partent à la recherchent de ces îlots pour glaner dedans.
Ils ont parfois un énorme sourire incrédule qui leur fend leurs yeux bouffis de sommeil, devant un inouï trésor qu’ils viennent de lever. On les appelle les biffins. Leur cueillette sauve des meubles.