lundi 29 avril 2019

Manque à l’appel




Parfois on entend ça. Parfois on entend cette exclamation qui crie.
Une exclamation qui comprend toute une tragédie.
Une exclamation qui fend.
C’est presque toujours la même. En deux mots "Mon sac !" .
C’est dit par une femme.
C’est une femme qui vient de perdre son sac.
Ou bien il lui a été volé, ou bien elle l’a oublié quelque part.
Peu importe, le résultat est le même.
Il y a encore une minute ou une seconde, elle l’avait, et voilà qu’elle ne l’a plus.
Dedans, il y avait tout son monde.
Il y avait son rouge à lèvres, usé à sa manière à elle de le poser sur sa bouche. Il y avait un miroir de poche. Du doliprane ou du spasfon, là depuis tellement de lustres que l’aluminium de la plaquette en était tout fané. Des grains de sable arrivés là d’une bourrasque à la mer.
Il y avait de la poussière. Oui mais c’était la sienne. Un livre à sa moitié.
Un carnet. Un stylo. Un téléphone avec ses numéros et ses loteries.
Des grigris. Des mots pliés en quatre. Des photos des aimés. Des superstitions.
Son portefeuille. Des sous. Des tickets de caisse inutiles. Et ses papiers, avec dessus son visage. Peut être son passeport avec les seaux des voyages.
Il y avait ses clés, avec leurs bijoux de clés. Il y avait ses clés qui ouvrent ses portes.
Dedans, il y avait tout. Dedans il y avait tout ce trésor. Cet irremplaçable dont elle ne sait se passer même pour une journée.
La femme est une nomade. Et elle pourrait refaire sa vie juste là où elle poserait ce bagage du quotidien.
Et elle ne l’a plus. Elle pousse ce « Mon sac ! « , d’une voix blanchie, d’un souffle essoufflé par l’irréparable. Ces deux mots le font exister encore un peu, ce sac. Ces deux mots sont dits, oui mais ça ne change rien.
Et c’est sa détresse qui se fait de la place.
Elle est là, les mains vidées, sans plus aucune anse à tenir, sans ces gestes familiers,
dépossédée de ce repère, dépossédée dans l’instant de ce témoin de son identité.
Démunie, dépouillée, dénudée.
Et ce sac, elle n’en connaîtra plus sa suite. Quelqu’un d’autre va fouiller dedans, quelqu’un d’inconnu va mettre ses doigts dans cette intimité, et va en éparpiller ce contenu.
Et cette accumulation nécessaire qui s’éloigne, va devenir des choses éparses qui ensemble la racontaient, qui séparées sont anonymes.
Elle rentre chez elle avec ce qu’elle a sur le dos, avec ce qu’elle a dans les poches, et avec son nom qu’elle porte. Elle pourrait se croire allégée, elle pourrait se croire libre.
Mais elle n’en a que les bras ballants, vacants.
Quelque chose manque à l’appel.


Le vrai visage



Hier, ma mer a fait cette photo.
J’étais au pied de cet arbre qui m’a vue grandir.
J’étais allée dire bonjour à la tortue qui m’a vue naître, et qui s’est réveillée de son hibernation depuis une semaine tout juste, mais qui est encore dans l’humeur « je ne suis pas du matin ».
Je marchais dans ce jardin.
Je n’avais aucune tête de circonstance.
J’avais la plénitude d’un dimanche qui se repose, et qui renoue avec les actions d’une maison familiale.
Et cette photo, faite par le parent qui veille de loin l’enfant qui joue et qui l’oublie, rend compte d’une part de moi que je connais mal.
Celle qui émerge quand on me capture sur le vif.
Et que même le miroir de la salle de bain, l’intime, le receveur de nos grimaces et de certaines larmes qui se complaisent, ne connaît pas du tout.
Car ce miroir nous attend, et sait que pour le rencontrer nous aurons, avant de rentrer dans sa pièce, préparé notre façade, celle que nous croyons vouloir voir.
Et face à un objectif, souvent, nous résistons pareil, pour retrouver dans l’image qui est prise, ce connu de la glace.
Et on se fige. Et on se tend.
Or, je crois, je crois que c’est le mouvement qui parvient à capter notre profond visage.
L’attention que l’on peut porter à ce visage, disparaît lorsque le mouvement bouge.
Car alors, lorsque nous marchons, lorsque nous rions, nous omettons de nous surveiller.
Le mouvement nous en déconcentre.
Le mouvement nous en dissuade.
Le mouvement nous fait déborder.
Et nous oublions l’ego à ne vouloir qu’être beau.
Et l’on découvre alors ce visage abandonné, ou plutôt offert, ce contrôle de soi qui s’est absenté.
Le visage de l’enfant, celui sans défense et qui ne cherche pas à plaire.
Le vrai visage, un peu flou peut être, mais échappé de sa cage.


Bas les masques




La fille vient d’Amsterdam.
C’est cette mannequin qui change tout.
Déjà, parce qu’elle a un corps de femme. Un vrai. Avec des seins des bras des jambes.
Et puis elle a ce visage qui s’exprime. Elle a des sourires à tout bout de champ qui lui échappent. Elle a les dents qui sortent un peu du rang.
Elle a cette coupe de garçon, qui contredit tout le reste.
Elle a cet air de garçon, contredit par tout le reste.
La fille est artiste. Et elle a commencé à être modèle à 29 ans.
Et on voit qu’elle vit ce métier comme une performance. Comme un nu de peintre, où l’estrade est un podium.
Et dans ce Monde qui court après la jouvence, elle est là avec ses 34 années de maintenant, un âge où la plupart de ses consœurs sont cruellement remerciées.
Certes elle n’a pas une ride. Elle a la peau angélique.
Et certainement qu’elle est là parce qu’on la veut, mais si on la veut, c’est parce qu’elle n’a pas vu le temps qui passe et les 30 bougies que l’on souffle comme une entrave à ce métier. Elle s’en est moquée.
Ce sont les frontières que l’on se créait, qui deviennent des barrières infranchissables.
Elle a dû voir ce cap comme une direction de navire, et non comme une tempête.
Et pourtant, elle ne fait pas la belle, elle pose sans se conformer aux mimiques de rigueur. Elle est là sans vulgarité. Elle ne porte pas de ces masques.
Elle est là, et toute entière, mais doucement, sans rien vouloir revendiquer.
Et cette figure, qui s’extrait des images de l’époque, elle en devient une proue, à laquelle on veut s’accrocher, que l’on veut suivre.
Elle ne se cache pas, elle est une fenêtre ouverte vers des horizons.
Saskia de Brauw.
Un nom c’est tout un son.
Un nom c’est un support.
Il vient exister à notre naissance, l’originale ou la symbolique, pour nous recevoir.
De Brauw.
Il y a ce petit « de », que ceux qui n’en ont pas admirent toujours sans vouloir l’avouer.
Même quand ce « de » n’est peut être pas d’avantage qu’une préposition.
Il y a ce Brauw, ce Brauw qui grelotte. Ce Brauw animal. Ce Brauw qui je crois signifie « front ».
Si c’est le cas c’est un nom fier. Comme la fille qui va avec.





En duo







En vidéo !

Lorsque le printemps vient, les corps sont fous de bleu. Fous, littéralement.
On n’en revient pas que cela existe encore un tel aplat au dessus de nos têtes.
À voir ça, on a le cœur comme un chiot.
Et au premier du genre, au premier de la saison, et à la première douceur de l’air, on envahit le dehors comme on peut, aux terrasses, aux bancs, aux pelouses. Partout, partout pourvu que l’on en voit un coin. Et on se gorge, les yeux ne s’arrêtant plus de se tourner vers le haut pour être sûrs que c’est toujours là.
Avec cette crainte diffuse que cela ne tienne pas, comme si cela allait disparaître.
Et cela ne tient jamais bon tout de suite, et le mois d’Avril tient à un fil.
Mais ce bleu bien vu bien bu bien avalé, on le garde en mémoire, et on guette le prochain grand vent qui nous le ramènera dans quelques jours.
Matisse il disait « Un ton seul n’est qu’une couleur, deux tons c’est un accord, c’est la vie ».
Lundi, vous étiez témoins de la rencontre entre le jaune et le bleu.
Ces deux couleurs là, juxtaposées, lorsqu’elles sont franchement franches, quand je les porte, je les regarde bouger et s’accoler sur moi, je regarde leur frontière, la ligne où elles se joignent, je mets ça dans le champ de ma vision, un instant, quand je marche, quand je m’assois, et ça me fait le même effet que ces journées enthousiastes et insatiables, ivres du renouveau.
Cette association là, je me rappelle d’où elle me vient : j’avais cette copine au collège, elle était argentine, elle mettait ces deux teintes en pensant à son pays, et j’étais avide de la voir arriver en classe. Elle détonnait dans le gris des élèves. Elle se risquait à se colorer.
Évidemment on pense à l’azur et au soleil. Et c’est ce que l’on veut dès maintenant.
De l’azur et du soleil. En duo, et sans coupure.






Le roseau et le chêne




J’ai les jambes qui sont des quilles.
Ce sont des jambes menues, on dira des gambettes.
De fille ou de femme, tout dépend du regard qui s’y pose.
Elles semblaient prêtes à plier sous le vent, souvent.
Mais depuis quelques années, elles ont trouvé un arrimage : elles ont à leurs pieds des sandales Marni, pour le quotidien du printemps tout nu ou de l’hiver tout dru.
Ces sandales, sont devenues un classique de la maison italienne, qui les réinvente chaque saison.
Et si je les ai adoptées, ces paires, ces duos, c’est pour leur poids visuel.
Elles ont l’allure lourde.
Elles ont cet air des chaussures d’homme, de celles qui sonnent fort quand on les fait tomber au sol le soir. Cet air des chaussures d’homme qui donnent l’envie de courir de l’avant.
Pas parce qu’on est en retard. Mais parce qu’on s’y sent une Katharine Hepburn sur un terrain de tennis.
Et par contraste, mes flûtes qui ont à leur bas ce volume, sont encore plus féminines.
J’ai les jambes qui sont des quilles, comme dans le jeu de l’enfant, où les deux dernières seraient restées debout malgré l’assaut de la balle, solides dans leurs sandales.


Un ex




Une relation a ses débuts. Une relation à ses débuts.
Une relation à ses tâtons.
Et ça commence. Ça commence par les yeux qui nous font le coup.
Des yeux qui se cognent à un désir.
Cela se rencontre, et les battements sous notre sternum sont prêts à tout donner de leur intensité.
Il y a d’abord ça, ce premier ça. Ce premier pas. De nous allant vers lui.
Il est suivi du premier rendez vous, celui là, trop plein de la réserve et de la peur de se déplaire ;
celui pour marcher ensemble, pour se regarder doucement en douce, pour tout oublier des autres, de ceux d’avant, pour marcher sur des « eux ».
Ce rendez vous là.
Il y a ensuite les premiers jours. Les timides, les coincés. Les tendus premiers jours, encore tirés à quatre épingles, bien repassés dans les plis, nickels et sans écarts.
Il y a ensuite les premiers temps. Leurs témérités. Leurs ballades. Leurs lapsus. Leurs joies. Leurs éternels. Leurs promesses.
Puis on vit ensemble. On s’habitue.
C’est le quotidien qui vient.
Et lui, il s’y abandonne. Il perd de son allure.
Alors le premier désaccord.
Sûrement que nous, nous n’y mettons plus du nôtre. Sûrement que nous prenons moins soin de lui. Sûrement que les machines à laver sont plus hâtives.
Sûrement.
Mais on s’agace et on se lasse. On ne se complimente plus.
On lui en veut à ce vêtement ci de n’avoir pas su résister, de n’avoir pas su durer, de n’avoir pas tenu ses présages.
Et le fait est que, il se relâche. Il se détend. Il laisse apparaître des poches aux genoux ou aux coudes. Il peluche ou il feutre.
Et cela déteint sur nous.
Alors, sans crier marre, on s’en sépare.
C’est Jean qui va être content !




Carte blanche





Ce n’est pas un jour quotidien.
C’est un jour en aparté. Où il se passe quelque chose. Quelque chose qui est très heureux. C’est prévu. C’est tout à l’heure.
Tu ne vas pas t’habiller comme pour un jour de tous les jours.
Tu le pourrais, tu en aurais le droit, mais il faut que cette journée tu la vois inédite dans le miroir.
Tu t’y es prise (ou pris, si tu es un homme) la veille.
Tu as mis le dessous au dessus de ton armoire. Tes pieds marchent sur ce débordement.
Tu as fait des essais démesurés.
Parce qu’à vouloir être différente de l’habitude, tu voudrais presque ne pas te reconnaître.
Dans l’immédiat, tu ne ranges rien, ou si peu.
Ton lit te borde et tu n’as pas pris de décision invariable.
Tu crois que dormir dessus, éclaircira le choix.
C’est le tôt du réveil.
Il va falloir te conclure.
Jusqu’à la dernière minute tu changes d’avis et de chemise.
Le corps en est jeté. Et tu sors de chez toi.
Tu es déjà en retard, car les dates les plus importantes sont aussi les plus précipitées.
Et à cet instant, où tu es dans le dehors, où tu te remanies encore à l’intérieur de toi, où tu ne peux revenir sur tes pas, de peur de ne pas rattraper ces 5 minutes de première nécessité, elle arrive, cette seconde. Cette seconde où tout à coup, tu en prends ton parti pris.
Et peu importe désormais ce que tu aurais pu raviser encore.
Car tout à coup, ce que tu t’es mis sur le dos devient cette tenue qui marque cette journée particulière.
C’est une journée particulière, et pour ces journées là, nos habits ont carte blanche.







Dans de beaux draps




Eux, ils sont les premiers habilleurs.
Ceux qui précèdent une journée.
Ils sont un écran blanc, quelle que soit leur couleur. Et ils se font une toile.
Et ils se rêvent vêtements. Ils auraient pu en être, ou ils le pourront, tels les rideaux devenus robe de “Autant en emporte le vent” ou de “La Mélodie du Bonheur”.  Ils le savent.
Ils invoquent la nuit dans cet espoir.
Et quoi qu’on y fasse, ils suivent le mouvement.
Et si l’on reste étale, ils nous imitent.
Puis, nous nous mettons à nous endormir.
Et ces draps débordés, ils s’enhardissent à ce sommeil là.
Ils prennent leur audace avant demain, et nous taillent des coupes et des costards, dont nous ne sommes pas témoins.
Ils jouent à toutes les saisons.
Quand c’est pour eux l’été en plein hiver, ça nous réveille, et ils font le mort.
Et ils remettent ça dès que les yeux sont fermes.
Et au matin, sur la joue, ajoutée, il y a leur marque, mais elle s’estompe avant que l’on ait eu le temps de la lire.
Alors, comme si de rien n’était, ils attendent le soir pour recommencer.



Le réveil du printemps




Il n’est pas là encore. Pas tout à fait. Il hésite encore. Il s’hésite. Il se fait mériter.
Et les jours en ont le ciel et la nature qui démangent.
Les oiseaux ne savent plus comment chanter, ce n’est pas clair.
Alors ils osent crier, puis ils écoutent cette voix tue depuis l’automne, comme une chose toute neuve qu’on leur aurait offert. Et ils recommencent.
C’est après l’hiver et c’est avant le printemps.
Ce n’est plus l’hiver, ce n’est pas encore le printemps.
L’azur est bleu, on se fait avoir. Il est bleu mais l’air n’a pas l’air de vouloir le suivre pour l’instant.
Il fait un temps qui ne sait plus sur quel nuage danser. Et le nuage claque d’un coup.
C’est le bazar, ça ne sait plus comment s’élancer après le calme plat de grand froid.
Alors ça s’ébat et ça dérange tout comme un grand chien dans un jeu de quilles.
Et nous pareil. On ne dormait pas ces derniers mois. On n’hibernait pas.
Mais quelque chose de nous dormait.
Quelque chose de nous avait fini par se plier à l’attente de la lumière.
À en oublier le but de cette attente, à être hypnotisé par l’attente même.
À s’y résoudre.
Mais cette lumière est revenue, et elle nous exige et nous invite à nous secouer.
Elle est là et c’est intenable de ne faire que la regarder à travers une fenêtre.
On veut aller l’accueillir.
Aller dehors participer à ce grand chantier qui n’a lieu qu’une fois par an.
Les chevilles et les cous veulent déjà être téméraires et s’exhiber avant tout le reste. On omet une écharpe.
On a la tête un peu hagarde de celui qui s’éveille, un tournis.
On est comme ces oiseaux, on redécouvre comment c’est quand il fait beau.
C’est le réveil du printemps.




Hiver encore




D’ici un mois, on va toucher le printemps.
On aura été patients, comme chaque hiver de chaque année.
(On aura été impatients, comme chaque hiver de chaque année).
D’ici un mois on va remuer les armoires.
D’ici un mois, le ciel n’aura pas la même couleur.
D’ici un mois nos corps en seront différents.
D’ici ce mois, les giboulées vont gibouler, et on va grelotter de guerre lasse.
Et parfois, il se trouve que l’on trouve juste à cette lisière entre deux saisons décisives, une chose admirable et de fond, mais expressément faite pour ce froid qui s’achève devant nous.
Et on regarde le temps qui nous reste pour pouvoir la porter, pas un longtemps, d’ultimes jours de grand Nord qui d’un seul coup nous manquent.
Mais cela donne une raison d’accepter par avance le prochain frimas, celui qui reviendra après la rentrée des classes.
C’est à dire qu’on le craint moins, et presque on l’espère, on le voit comme un prétexte à sortir cet habit pas assez étrenné, pas assez entraîné.
Et c’est ici mon cas. Le manteau Chimayo, je l’ai trouvé enfin, et nous sommes réunis depuis trois jours.
Et je scrute ce Mars qui commence et qui déjà s’emballe, et qui déjà s’égraine, et je regarde mon pardessus en ne voulant imaginer un pas sans lui.
Il va falloir m’y résoudre, d’ici un mois.
D’ici là, on ne se quitte pas d’un fil.



C’est tout naturel




On dit souvent d’Audrey Hepburn “C’est une merveille ; quelle classe ; quelle voix délicieuse ; et etc”.
Ou on s’exclame en sortant de tous les musées “Que c’était beau avant ! “.
Et l’on croit que cela ne nous est pas permis, que c’est révolu, réservé à d’autres ou à d’autres siècles. Que l’on serait ridicule si l’on s’inspirait un peu et comme on peut.
Nous n’avons plus que ce mot à la langue.
Et même, il faut le dire sans le façonner. Il faut le dire sans l’affuter.
Et même sans trop l’articuler.
Le mot “naturel”.
Ce mot n’est plus celui des ans 70, des hippies en fleurs.
Mais l’on croit qu’il signifie encore “authentique”, lorsqu’il veut désormais dire “laisser-aller”.
Chassez le de votre bouche, on vous le rapporte au galop.
Cela vaut aussi pour le reste, pour la peau les cheveux les gestes l’habit.
Et à force, de l’être tous ensemble, d’avoir la parole qui se délite aux élisions, d’avoir le corps qui se conforme, on se ressemble, on se ressemble en assemblée.
Et pourtant, pourtant, ne pas l’être, ne signifie pas être fabriqué.
Ne pas l’être, n’ôte rien à l’intégrité. On peut ne pas l’être, mais être infiniment “soi même”.
Ne pas l’être, c’est une manière de se raconter (et non de se la raconter).
Ne pas l’être, c’est s’inventer.
C’est se délimiter.
C’est se caricaturer un peu aussi, pousser le bouchon, et donc savoir rire de ses excès.
Ne pas être naturel, c’est être jusqu’au boutiste.
Visconti portait l’écart jusqu’à remplir tous les meubles des décors du “Guépard” comme à l’époque où l’histoire se situe, et ce alors qu’un seul et unique tiroir est ouvert à l’écran.
Ne pas être naturel, c’est devenir un jardin plutôt qu’un champ libre.