lundi 29 avril 2019

Avoir bon dos




Se voir de dos, se voir le dos, voir son propre dos.
Cet inconnu du corps qui nous échappe.
Qui ne nous appartient pas.
Qui n’appartient qu’aux autres. À tous leurs regards.
On a beau en être vigilant, tenter de l’apercevoir par des déboîtements devant le miroir,
il n’est pas à nous, il n’est pas nous.
Et lorsqu’il est pris en photo, et qu’alors on tombe dessus, l’affrontant, on ne s’y reconnaît pas. On ne se reconnaît pas.
Comment le pourrait on. Le visage on le connaît, sous toutes les coutures, on l’a domestiqué depuis notre aube, on l’a vaincu.
Le dos non. Il est l’inaccessible, il est un étranger, et on ne l’identifie pas comme nous appartenant.
Pourtant il est celui qui nous protège. Dans lequel on se réfugie. Que l’on courbe pour se dégeler.
C’est la face et le pile. La médaille et notre revers.
Ce qui échappe à notre vigilance, ce ne serait pas nous ? Il faut donc voir pour croire, voir pour s’approprier, voir pour légitimer ?
Il n’est pourtant pas anonyme. Il s’agit bien de notre dos.
Peut être que c’est justement très nous, le plus nous.
Que ce que nous n’avons pas apprivoisé, n’avons pas maté, finalement a sa vie distincte, sans contrôle. C’est nous sans altération, sans interprétation.
Une partie libre, la bride sur le cou, nous révélant à notre insu.
Alors ce dos, on peut l’endosser.
Tout ça c’est derrière soi.






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