lundi 29 avril 2019

C’est tout naturel




On dit souvent d’Audrey Hepburn “C’est une merveille ; quelle classe ; quelle voix délicieuse ; et etc”.
Ou on s’exclame en sortant de tous les musées “Que c’était beau avant ! “.
Et l’on croit que cela ne nous est pas permis, que c’est révolu, réservé à d’autres ou à d’autres siècles. Que l’on serait ridicule si l’on s’inspirait un peu et comme on peut.
Nous n’avons plus que ce mot à la langue.
Et même, il faut le dire sans le façonner. Il faut le dire sans l’affuter.
Et même sans trop l’articuler.
Le mot “naturel”.
Ce mot n’est plus celui des ans 70, des hippies en fleurs.
Mais l’on croit qu’il signifie encore “authentique”, lorsqu’il veut désormais dire “laisser-aller”.
Chassez le de votre bouche, on vous le rapporte au galop.
Cela vaut aussi pour le reste, pour la peau les cheveux les gestes l’habit.
Et à force, de l’être tous ensemble, d’avoir la parole qui se délite aux élisions, d’avoir le corps qui se conforme, on se ressemble, on se ressemble en assemblée.
Et pourtant, pourtant, ne pas l’être, ne signifie pas être fabriqué.
Ne pas l’être, n’ôte rien à l’intégrité. On peut ne pas l’être, mais être infiniment “soi même”.
Ne pas l’être, c’est une manière de se raconter (et non de se la raconter).
Ne pas l’être, c’est s’inventer.
C’est se délimiter.
C’est se caricaturer un peu aussi, pousser le bouchon, et donc savoir rire de ses excès.
Ne pas être naturel, c’est être jusqu’au boutiste.
Visconti portait l’écart jusqu’à remplir tous les meubles des décors du “Guépard” comme à l’époque où l’histoire se situe, et ce alors qu’un seul et unique tiroir est ouvert à l’écran.
Ne pas être naturel, c’est devenir un jardin plutôt qu’un champ libre.






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