lundi 29 avril 2019

Crise de froid




Nos vêtements à manches courtes dépriment. C’est un de mes chemisiers qui me l’a dit, cette semaine.
Ils sont entassés depuis des mois sans croire que le jour existe encore.
Ils ont pris de mauvais plis. Ils ont pris une odeur immobile.
Ils ont le cafard. Ils se sentent vides. Ils font une dépression saisonnière.
Au moins, ils se tiennent chaud, à se coller les uns aux autres.
Ils se serrent les coudes.
Comme les bêtes des étables espérant ensemble et chacune les pâturages, ils ont envie d’aller dehors pour s’ébattre.
Le printemps est dans le même cas et s’impatiente d’attendre son tour.
(Nous aussi, que ce soit dit en passant).
Pour raviver les couleurs d’un tapis il faut le poser sur la neige ;
Pour réveiller le moral d’un habit d’été en plein hiver, il faut le sortir, quitte à ce qu’il rentre transi.
Il faut lui faire faire une ballade, pour qu’il prenne l’air, pour qu’il ait la mine regonflée.
Il faut lui faire voir que le ciel de maintenant a beau être un peu Klein dans les coins, ce n’est encore pas le bon bleu, le clément.
En pratique : je mets des robes légères sur des collants et sous un gros pull et sous un manteau colossal. Je mets des blouses sous de gros gilets. Je mets des sandales avec des chaussettes.
Je veille à ne pas prendre froid pour autant, car il ne s’agit pas là de sacrifice.
Je les berce d’illusions, pour qu’ils ne soient pas rancuniers au moment décisif.
Le contraire (porter les matières qui tiennent chaud, en canicule) ce sera moins aisé, il faudra bavarder.

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