lundi 29 avril 2019

Dans le cirage




Elles étaient là ce matin. Pâles et ternes.
Elles réclamaient qu’on leur fasse une beauté.
Elles savaient que l’imminent, c’est Noël. Qu’éventuellement elles feraient partie de la fête, éventuellement avec un rôle important à l’appui.
Elles quémandaient qu’on baisse les yeux.
Qu’on s’accroupisse un peu devant elles.
Qu’on s’agenouille. Qu’on en fasse trop. Qu’on les supplie.
Qu’on leur demande des excuses. Pour les avoir laisser traîner dans des flaques pas très nettes, pour les avoir laisser s’abîmer, à des graviers, à des terres pleines.
Elles attendaient de nous qu’on se rachète.
En une somme : qu’on leur cire les pompes. Au sens propre. Et proprement.
Et c’est ce que j’ai fait.
Et alors j’ai sorti l’attirail : chiffon, cirage, brosse.
Et le nuage du dépoussiérage se forme comme une brume sur
une rive en été.
Mais c’est le parfum du produit des abeilles qui plante le décor.
Ce parfum collant, qui informe que cette activité de lèche bottes est en train. Qui est imprégné de l’enfance, de quand on aidait un parent à s’occuper des siennes, et qu’on s’en tachait les mains et les coudes.
Ce parfum là. Et ses résultats.
Déjà ces souliers s’éclairent un peu. Ils en tiennent une couche, badigeonnés jusqu’à l’empeigne, mais ils s’éclairent un peu. On les laisse cogiter.
Puis on revient, et on lustre le cuir comme la robe d’un cheval.
Et c’est à pouvoir se voir dedans. À pouvoir jouer à la goutte de soleil sur un mur, celle qui bouge comme une étoile qui file.
Et ces souliers, les voilà tout confus de leur air maussade de tout à l’heure.
Ils ont l’envie d’aller chanter sous des pluies. Ils ont l’envie de sortir.
Et voilà que tous les autres, en paires, en rang, en veulent autant.
Qu’on leur fasse leur fête à eux aussi. Et ce qui devait n’être l’affaire que d’un instant, devient un grand comble de nettoyage, de fond.
Ils seront aux premières loges, et présentables, pour être remplis par le Père Noël.





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