lundi 29 avril 2019

De A à Z




Autrefois, on estampillait tout de nos initiales : son sac, ses chemises, ses mouchoirs, son étui à cigarettes, ses foulards…
On estampillait tout, de deux lettres (parfois trois).
On faisait porter le chapeau de notre nom à nos affaires.
On délimitait son territoire en commençant par là.
Une propriété, c’était des champs ou des châteaux ; et des vêtements annotés.
Ce paraphe était la clé d’un trousseau.
C’était aussi une marque, c’était celui qui l’avait fait, qui l’avait cousu pour lui même, et qui apposait son sceau, la finition ultime. Pour que dans les grandes lessives on ne s’y perde pas. Pour que les tiroirs et les matins ne soient pas confus d’échanges.
C’était deux lettres (parfois trois), et ces deux lettres définissaient quelqu’un.
Et elles en devenaient même des dessins, les hiéroglyphes d’un inconnu, une langue étrangère.
Nos choses se signaient de ces caractères, qui n’appartiennent qu’à nous, qui sont pleins de notre sous texte, qui recèlent une identité.
Et comme le dit André Breton “Nadja, parce qu’en russe c’est le commencement du mot espérance, et parce que ce n’en est que le commencement”.
Ces deux lettres, et tout leur mystère, et toutes leurs promesses, avec la pudeur de ne pas en dire plus.
C’était deux lettres (parfois trois), le début d’un individu, puisque l’individu commence par là, par son nom, et que lorsqu’il le perd, il se perd.
Demeurent désormais ces habits avec leurs blasons de voyelles et de consonnes, et ils semblent être chacun une bribe d’une histoire, dont on a l’amorce, mais dont on ne sait comment épeler la suite.







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