lundi 29 avril 2019

Découpages




Mon enfance s’est vécue avec des cheveux courts.
Sans pour autant être un garçon manqué. Ma mère me les coupait.
Je n’ai jamais connu les deux tresses de Duras, ni la queue de cheval des bambins des années 90. Il n’y a pas de chouchous dans mes malles au grenier.
C’était un carré d’une Louise Brooks, et une frange qui séparait mon front en deux.
Lorsqu’il a fallu se révolter un peu, à l’âge où c’est ce que l’on attend des adolescents, j’ai laissé pousser. C’était ma frontière à dépasser.
L’insurrection capillaire a duré quelques années.
Des années qui croyaient que la féminité se jouait quelque part par là, entre le cou et l’oreille. Mais des années qui n’en étaient pas convaincues.
Qui vivaient la longueur comme une entrave, comme une chose encombrante, et qui l’attachait sans relâche.
Ce récent printemps, je les ai recoupés. Retrouvant la nuque évadée de tout poids, la nuque délibérément libre.
Il semblerait, que l’identité, s’amarre toujours à notre source.
Que lorsque l’on reconnaît de soi une chose de notre première décennie, dans le présent, on la sait catégoriquement authentique. Et on lui ouvre les bras. Ici il s’agit d’une nuque.
Une nuque qui a grandi. Une nuque devenue femme, une nuque fragile car décolletée.
La féminité ne se joue pas à un cheveu. Si c’était le cas, comme les chats qui se cognent aux murs lorsqu’on leur raccourci les moustaches, si cela résidait dans ces 30cm, dans ces mèches tombées sous le coup des ciseaux, il faudrait les ramasser et les encenser, les prier de restituer leur contenu.
Même si les hommes ont beau crier qu’ils les préfèrent en lianes,
si on fait les comptes, ils n’en savent rien.
Au pire cela repousse.





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