lundi 29 avril 2019

Et les gants




Les gants se perdent.
Ils s’échappent, ça donne des esseulés errants dans les rues (cruelles visions de duos séparés).
Mais ce que je veux dire, c’est que l’usage des gants se perd.
Demeurent les tristes en laine que nous avions déjà enfant, qui peluchent qui boulochent, que l’on achète pour rien dans toutes les boutiques de souvenirs, et dont on ne se souvient pas.
Mais les beaux gants disparaissent petit à petit de l’horizon des corps et de leurs choses.
(Les cyclistes. Les longs du soir. Et ceux de tous les jours qui s’arrêtent là où le poignet naît).
Ceux à notre taille de gantier, ceux qui donnent tout son sens au verbe se ganter, et surtout se déganter.
Certes, les téléphones sont désormais tactiles, et ne répondent plus au doigt et à l’œil d’une paire de gants.
Mais ce jusqu’au-boutisme, ce jusqu’au bout des ongles, devrait il aller à découvert, par commodité des communications ?
Un gant à ôter, c’était un temps pris pour serrer une main, cela faisait durer le regard.
C’était un geste plein de sous entendus.
Et voilà que, à cause de la technologie, nos mains se retrouvent gelées, déshabillées, enrhumées.
Et que le geste s’en va, avec le verbe.
Et que les poignées de présentations se font à la va vite. Et que tout se fait à mains nues.
Rhabillons nos paumes, pour ne pas les paumer.
(J’ai chiné ceux là, il y a quelques mois. Leur couleur faisait arriver le printemps en avance.
Et lorsque j’ai vu la collection Balenciaga été 2015, je me suis applaudie de ce flair).





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