lundi 29 avril 2019

Hors cadre




Il y a cet instinct animal, l’instinct grégaire, de se rassembler en meute,
dans les mêmes lieux, autour des mêmes feux.
Et ce même instinct nous pousse à nous ressembler en meute.
À ressembler à la meute.
À être une ribambelle qui se répète.
Il semblerait que cela rassure, de ne pas faire trembler l’eau pour ne pas faire naître des vagues.
Il semblerait que cela tient chaud, d’être comme les oiseaux sur un même arbre, un même poteau, comparant leurs identiques plumes.
C’est sans risque, de ne pas être différencié.
De ne pas avoir à se justifier de ce que l’on porte.
Il ne s’agit pas d’être un original. Il ne s’agit pas de vouloir à tous les prix se dépareiller pour faire froncer des sourcils.
Mais de ne pas craindre de détonner. De ne pas craindre de se revendiquer.
Il y a ces photos, d’Audrey Hepburn, et Marilyn, et BB.
Je les regarde souvent et je me dis : ce sont elles, mais avant elles.
Avant de devenir Audrey Hepburn, et Marilyn, et BB.
Avant de se choisir. Avant de sortir du rang.
Ce sont elles avec leur jeunesse, et leurs maladresses, et leur encombrement d’elles-mêmes, et leur ignorance d’elles mêmes.
Ce sont elles à la veille de leurs demains ; puis elles se sont émancipées des codes qu’elles connaissaient.
L’une a coupé ses cheveux, quand l’autre les a blondi, quand l’autre a souri avec assurance.
Elles ont cessé de s’attrouper, pour devenir celles qui seraient copiées.
Ce sont elles, adorables et un peu tartes.
Ce qui assure que l’on peut se souhaiter, que l’on peut s’inventer, et être hors contexte.


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