lundi 29 avril 2019

La difficulté à tourner la page


Quand de pareils jours surviennent, et même si ce dernier dimanche est venu faire souffler un peu les sanglots, 
le quotidien peine à se retrouver, et manque. 
On aimerait le convier, avec ses banalités, avec ses futilités. 
On ne sait comment. On ne sait comment s’y prendre. 
On ne sait plus la légèreté. On n’ose plus la légèreté. 
On se surprend à respirer. On se surprend à rire un instant. 
Chaque acte est appesanti. 
Tout prend un sens et à la fois tout en perd. L’anodin s’est éloigné. 
Les conversations les plus insignifiantes sont pleines et lourdes des dates passées. 
Dire bonjour est lesté et indocile. 
Hier j’entendais des gens ne s’étant pas vu depuis fin Décembre, qui se souhaitaient “Bonne année”, ils se sentaient obligés de prononcer cette formule, parce que cela faisait du bien de se raccrocher à ce repère, mais tout à la fois ils s’excusaient de ces vœux teintés de sombre. 
On essaie, pas à pas et de minute en minute, et c’est comme une rééducation, c’est comme de réapprendre à marcher, que de réapprendre la gaieté. 
Cela demande de l’attention. Cela demande de l’effort. Cela demande de ne pas culpabiliser. Cela demande de l’absurde. 
On ne veut pas oublier, on ne veut pas qu’il soit facile de tourner la page. 
Et à la fois, si. Parce que le chagrin est ainsi. Parce que le chagrin est toujours impatient. 
Alors on essaie, et c’est maladroit, ce sont des tentatives, mais qui s’ajoutant les unes aux autres, commencent à ressembler à une journée ordinaire, 
et pour une fois, l’ordinaire réconforte.

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