lundi 29 avril 2019

La main verte




Parfois, le corps se plante. Même s’il n’a pas de pot.
Même s’il se met en jambes.
Il faut l’abreuver un peu, en le baignant tous les jours.
Il faut l’élaguer un peu, avec des ciseaux et un coiffeur pour les tenir.
En hiver quand il gèle, il faut le mettre au chaud.
Il n’y a pas de notices, et on en apprend tous les jours.
Parfois, il se trompe, il a de la pesanteur. Il est grave et se dégringole.
C’est lorsque je suis allée trop loin, et qu’il est rancunier jusqu’à l’os,
qu’il y a des matins plus lourds. Des matins où il se ploie.
Et lorsqu’il est levé d’un air gauche, lorsqu’il ne veut pas se tenir droit,
je lui pose des tuteurs.
Les talons sont l’un de ces maintiens. Marcher en pleine contrainte, l’oblige à assimiler ce frein pour ne pas s’empêtrer, pour ne pas traîner le pied, pour ne pas faire d’entorse à sa démarche, et alors il s’oublie, il oublie qu’il voulait me berner aujourd’hui, et il s’allonge pour tenir son équilibre.
Les boucles d’oreilles aussi, des pendantes qui embarrassent,
étayent le visage qui piquait du nez.
Et leur entrave étire le cou, qui n’a pas le choix pour ne pas choir.
La tête se porte de nouveau.
Ces pièges que je lui tends, des corsets d’un autre genre et en arbitre libre, c’est pour qu’il les contourne à son avantage, et qu’il en ressorte héroïque et fringuant.
Un corps, ça se cultive.
On va pouvoir semer de nouveau, lui et moi.






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