lundi 29 avril 2019

L’âge ingrat




Cela fait une petite quinzaine (d’ans) que la mienne est finie.
Et je crois, et sûre comme fer, que l’adolescence n’est pas l’âge ingrat.
L’adolescence c’est l’enfance qui s’en sort. L’adolescence c’est le brouillon.
L’adolescence c’est l’amorce, le début de la quête, le début de la prise de conscience de son visage et du reste.
J’évoque ici le physique, celui ci est l’éponge de l’iceberg.
Ce n’est que l’ébauche, et tout est encore à décider et tout est encore à comprendre.
Mais cela ne se règle pas à ce moment là. L’adolescence ne règle rien.
On passe alors la vingtaine sur cette lancée, avec l’insouciance et l’orgueil de cette jeunesse, à ne pas trop s’appesantir sur ses traits.
Et la question, qui n’avait pas fini son petit tour, la question qui n’était pas partie embêter quelqu’un d’autre, récidive avec l’âge adulte.
Et ce maintenant que je traverse, la ruée vers la proche trentaine, me semble être le véritable âge ingrat. Une transition décisive.
Où tout se remet en question, des pieds en cap.
Et comme à la fin de l’année où la panique à régler des affaires prend l’agenda et la tête pour pouvoir entrer claire et nette dans la neuve,
on veut être prête à affronter les décades suivantes en pleine conscience.
C’est alors que l’on se croit un terrain hostile, que l’on remet tous ses compteurs à zéro, et que l’on redécouvre ses yeux sa bouche sa peau,
sa manière de bouger au Monde, tout le toutim de soi.
C’est alors que l’on veut être la femme que l’on est, et que l’on veut la connaître et la reconnaître, et en passant, l’assumer (et ne plus se subir à vouloir être autre chose). Et on ne sait par où recommencer.
On se sent en friche. On se sent mal fichue. C’est le bazar. Mais un bazar cela se range.
Le certain est qu’il ne s’agit pas pour autant de conclure une bonne fin pour toutes, mais de ne plus perdre de temps à se fouiner et à chercher ses contours.
Comme si à partir de là, l’identité cherchait sa lucidité.
Comme si à partir de là, il s’agissait toujours d’enfoncer son clou.
Mais peut être n’est ce que le début, et que l’âge ingrat, l’âge qui ne dit pas “Merci”, c’est l’âge adulte.


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