lundi 29 avril 2019

L’Amant, de Marguerite Duras, l’accoutrement de la petite.




Il faut que j’en parle. Maintenant. Je dois en parler. Il est temps. Ça a été décisif.
Cet accoutrement de la petite.
-La robe : “Je porte une robe de soie naturelle, elle est usée, presque transparente […] Je porte ces robes comme des sacs avec des ceintures qui les déforment, alors elles deviennent éternelles.”
-Le chapeau : “un chapeau d’homme aux bords plats, un feutre souple couleur bois de rose au large ruban noir. […] Aucune femme, aucune jeune fille ne porte de feutre d’homme dans cette colonie à cette époque-là. Aucune femme indigène non plus.”
-Les chaussures : “cette fameuse paire de talons hauts en lamé or. […] Je porte ces lamés or pour aller au lycée. Je vais au lycée en chaussures du soir ornées de petits motifs en strass.”
Dans cette tenue, les éléments se sont ajoutés les uns aux autres au hasard, au gré des sous de la mère, au gré des impulsions, et ils se contredisent, et c’est là tout leur culot.
Et c’est devenu son uniforme élimé, sa force, sa définition.
Et avec, elle, la petite, elle traverse son histoire, et elle en devient intouchable et mythique, par ces vêtements qui associés se retrouvent vierges de tout passé, par cet affranchissement à l’époque, aux “ça ne se fait pas”, par cette effronterie, à se mettre dans la marge, excentrée.
J’ai lu ce livre. Et cela a fait se hisser ma vie.
J’ai, par cette légende, vu que l’on pouvait avoir cette bravoure de l’habillement, et s’y choisir, s’y fixer.
Qu’il s’agit à partir de là, de faire comme beau me semble. Même si c’est déplacé, que cela ne s’y prête pas, que ce n’est ni le lieu ni l’heure.
Cela ne peut donc pas être futile à mes yeux, jamais, mais au contraire c’est une prunelle, c’est un art qui se compose, c’est ce que l’on offre au monde, une présentation, une franche poignée de main.
(Les photos ici, sont celles extraites du film, mes excuses à M.D., mais comme elle l’a écrit :
“une photographie aurait pu être prise […] Mais elle ne l’a pas été. […] Elle n’aurait pu être prise que si on avait pu préjuger de l’importance de cet événement dans ma vie, cette traversée du fleuve. […] C’est pourquoi, cette image, et il ne pouvait pas en être autrement, elle n’existe pas.”).



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