lundi 29 avril 2019

Le corps dans le décor




Je n’ai pas de vision d’ensemble de moi-même.
Je ne me pense pas en entière. Mes jambes, visage, bras, yeux, dos, bouche, et ainsi soit la suite, sont des choses éloignées les unes des autres.
Et ce qui n’arrange rien à cette addition récalcitrante à trouver mon exact total, c’est une absence de miroir en pied dans mon appartement.
Je tâtonne ma silhouette, le rendu m’est à vue de nez.
Je sors comme cela, en vrac, présumée.
Je sors comme cela mais on ne le remarque pas.
On croit que tout est convaincu. Que l’ensemble se tient bien. Les vêtements et le corps.
Mais à l’intérieur, je sais que ce n’est pas rond. Que le compte n’est pas bon. Et il me semble être mal assemblée.
Or, je suis certaine qu’une part de l’assurance vient de là, d’avoir une conscience de sa globalité.
Or, je m’endors en me berçant de mes tenues futures, j’échafaude des plans d’habillement, et là, dans la nuit de la tête, je me projette et je me vois,
je me visualise dans le lieu concerné, d’un voyage, d’une fête, d’une rencontre, et il y a tous les détails, et je peux me tourner autour,
voir tous les angles, toutes les coutures.
Or, à moins qu’une photo soit prise, je n’aurai jamais cet aperçu.
Mais j’y pense et je m’en endors, pour ce lendemain qui est toujours une grande occasion (même quand je ne passe pas le pas de ma porte),
à mon corps dans le décor.




Aucun commentaire:

Publier un commentaire