lundi 29 avril 2019

Le masque et le rhume




C’est un cercle qui se mord la queue : j’attends l’hiver chaque été.
J’espère la neige, comme de l’enfance qui se ressert.
J’espère l’élégance des jours nés plus tard.
Mais quand j’y suis, je ne veux pas y rester.
Quand j’y suis, les mois du milieu me manquent.
Quand j’y suis, je constate que j’ai plus froid que prévu.
J’avais oublié ce qu’était le glaçant, le tremblant, le bout du nez gelé, l’engourdissement des mains.
C’est une chose insaisissable, de ne pas se souvenir physiquement d’une sensation. De ne se rappeler de son intensité qu’intellectuellement.
Et de la redécouvrir chaque fois comme si c’était la première, avec excès, dans sa chair.
Mais pas moyen de s’échapper. Sauf prendre un vol pour un aller vers un clément climat. Mais, entre autres contres, j’ai peur en avion.
Comment l’abolir, cette impatience à regagner une saison où le foyer du ciel chauffe sans mentir ?
C’est un détail simple, un acte gratuit :
Je mets des lunettes de soleil, à la moindre occasion, dès que les nuages font leur malle un temps soit peu, dans ces heures de lumière minimum.
Et cela me console. Cela me fait croire que j’en ai besoin,
de ces verres noircis.
Cela me fait croire que je suis aveuglée par trop de clarté.
Cela me fait toucher un objet encore moite, qui sent les grandes vacances dernières.
Et cela amadoue, comme un animal lentement apprivoisé par une poignée de graines, les beaux jours, les plus longs.
J’ai envoyé se promener l’hiver. J’ai maté l’hiver.

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