lundi 29 avril 2019

Le rouge aux lèvres




À l’adolescence, comme beaucoup, j’ai porté des bagues aux dents. Et je m’étais juré que le jour où l’on m’ôterait ces satanées saletés, j’irai m’acheter un rouge à lèvres vrai rouge.
C’était symbolique, c’était mon rite de passage, presqu’une formalité, je quittais le sourire de métal de l’enfance, pour une couleur en plus à mon plumage, un apparat d’adulte, femme.
Et c’est ce que j’ai fait. J’avais 16ans. Et c’est devenu une marque de fabrique. Une tâche de rousseur de plus. Un grain de beauté en plein milieu du visage.
C’est une part de ma sensualité. (le maquillage a d’ailleurs été inventé pour fixer infiniment le visage qu’a la femme après la jouissance).
Ce rouge, je ne m’en sépare pas. Je porte mes lèvres comme un bijou, je les porte en avant, comme une chose posée.
Et puis c’est animal. Ce rouge aux crocs. Me peindre les babines c’est sans fadeur. C’est ma fatale férocité.
Évidemment je me sens un peu nue sans, car c’est bien le cas : sans, ma peau à cet endroit est nue, il lui manque une habitude, il lui manque sa couleur devenue Sienne. 



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