lundi 29 avril 2019

Le sourire c’est le dessous du rire




Longtemps je n’ai pas su. Pas su sourire.
Je ne savais pas témoigner de ma joie jusque là.
Je prévenais, je m’en excusais.
Sourire, ça me faisait le même effet qu’aux singes, qui prennent ces grimaces pour des attaques, car les dents sont alors toutes dehors, prêtes à mordre.
Ça me faisait l’effet d’une exagération, de singer, justement, de disproportionner l’allégresse.
Le sourire. Ce cascadeur du visage. Qui se casse la gueule sitôt l’autrui parti.
Car on sourit avant tout pour les autres.
Et puis je n’ai pas su pour les photos.
Qu’est ce que figer un sourire. Comment figer un sourire.
Comme une jambe levée dans son élan, dans son effort, sans soutien. Statufiée.
Comment fixer les lèvres, en plein mouvement, comment les arrêter, les maintenir suspendues.
Figer cette expression sautillante.
Figer l’action dans sa course.
Lorsque l’on regarde de vieilles photos du tout début de la photo, les gens n’y sourient pas. Ils ont l’air grave, sérieux. C’est sérieux, l’immortalité.
C’est la banalisation de la photo, qui nous a appris à tant y sourire.
À sourire pour tout et rien.
À sourire d’être dans le champ.
À sourire car il le faut, pour la postérité, au cas où, montrer au futur que tout allait constamment bien, en témoignent ces imperturbables sourires.
Mais sourire c’est s’ouvrir.
Et en grandissant, cette barrière s’est franchie.
J’ai commencé à sourire. Je continue à sourire.
Car sourire, c’est aussi rire, c’est assurer la vie de sa camaraderie.
La fureur de rire.

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