lundi 29 avril 2019

Le squelette des choses




« Les choses ». Les objets. Les inanimés. Je ne peux les considérer ainsi. J’ai encore et toujours cette croyance de l’enfance, que tout s’agite la nuit. Que quand j’ai le dos tourné et les yeux clos et les deux oreilles sans dessus dessous, cela s’ébranle tout autour de moi pour faire la bringue.
Plein de leurs âmes. Se conciliabulant.
C’est un truc du monde des antiquaires duquel je proviens. Pour la plupart ils croient que l’objet est porteur des ondes de tout ceux qui l’ont possédé avant ; et il arrive parfois qu’ils reposent le bibelot, alors qu’il est parfait, car “on ne le sent pas”, on ne sent pas ce qu’il dégage, il y a une hostilité, un passé, un passif. 
Je ne pourrais pas vivre en Afrique. Depuis que j’ai vu l’expo sur le Vaudou à la fondation Cartier, je sais que je me retrouverais suspicieuse de tout le mobilier ! À me retourner, à sursauter, méfiante.
Quand je pars en voyage, je chuchote à mon zèbre (peau chinée, époque coloniale évidemment, sublime, sauvée, chérie, divinisée) de protéger la maison, il en est le petit Dieu.
Les vêtements c’est idem. Pour ça que je leur donne des noms. C’est dire mon attachement. Une personnification. Ils s’appellent, se nomment, et je pourrais presque bavarder avec.
Et même je me soupçonne souvent à croire que la table, par exemple, sous son épiderme de bois, a une vie intrinsèque, un fluide (glacial peut être ! ).
Que cela gigote dedans. Que cela songe.
Que cela attend patiemment la prochaine lune-le prochain propiétaire, avec sagesse, car leur temps est plus long, qu’ils en ont vu et traversé, que comme nous avec les chiens, ils doivent se résoudre à avoir plusieurs bailleurs, mais que finalement c’est peut être eux qui nous choisissent, qu’ils sont les hôtes, et nous leurs invités !


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