lundi 29 avril 2019

Les vêtements errants




Il y a ce film “Stoker” (de Chan-wook Park) ; 
à son commencement il y a cette phrase “Je porte la ceinture de mon père, nouée autour du chemisier de ma mère, et les chaussures qui me viennent de mon oncle”.
Derrière nos fagots du vestiaire, il y a ceux qui sont arrivés en chats errants.
Plus personne ne voulait les endosser.
Ils étaient vacants.
Ils perdaient leur sens.
Et comme les perles qui brillent moins lorsqu’on ne les porte pas, eux pendouillaient résignés, bossus sur un porte manteaux, ou perdus de vue dans un grenier.
Et puis ils sont arrivés chez nous. Un par un. Encombrés d’eux même et de leur parfum de vide.
Ils sont arrivés d’un grand père, d’une tante, d’une sœur, qui tombait dessus, se souvenait qu’il ne s’en servait plus, et qui les a donnés. Un par un.
À celui de l’autour qui était là et qui choisissait de prendre la suite, et de le faire sien. À nous.
Ces vêtements là, ceux qui viennent de corps proches, ils comptent différemment des autres.
Ils comptent comme une arrière pensée qui nous accompagne.
Ils comptent comme une fierté visible, comme une revendication.
Une parcelle de notre étymologie, froissée avant par des porteurs familiers.
Le relai est passé, et il repassera.

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