lundi 29 avril 2019

Mais revenons à nos manteaux




Dans une maison, il y a ce lieu commun où les vêtements viennent s’échouer.
Cela commence par un. Puis deux. Puis en banc.
Puis on ne sait plus comment on en est arrivé à ce monceau.
C’est cet endroit qui croule.
C’est le porte-manteaux.
Le présent se pose sur les mois passés. L’imperméable du printemps recouvre l’hiver, et peut être à jamais.
Car c’est là que ça s’empile et que ça s’oublie.
C’est là que l’on pend les choses dont on ne sait plus que faire, c’est l’abandon à portée de mains.
C’est là où les vêtements viennent s’achever.
Et il faut déployer son énergie et ses bras, pour en chercher un du dessous, ou que l’on croit être en dessous, un dont on se souvient, un que l’on veut repêcher.
Mais souvent le mal est fait déjà.
Et lorsqu’on l’exhume, son poids qui le tirait vers le bas, et celui de ceux qui l’avaient enseveli,
l’ont rendu bossu, la boule de la patère imprimée dans ses fibres, et ce relief qu’il a pris en haut du dos, ne saura plus décliner.
C’est ici que les vêtements viennent s’abîmer.
C’est leur dernière étape, et ils s’y éternisent, ils s’y accrochent à cette adresse, avant la marée prochaine du grand tri et de ses ravages.
C’est un outil d’attente et de torture, et c’est pourquoi chez moi il n’y en a pas.
Et s’il m’arrive de suspendre, je le fais sur un cintre, avec un geste léger qui n’appesantit pas.
Ainsi, mes habits se tiennent droits.


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