lundi 29 avril 2019

Perdre connaissance




On perd des choses. Un gant, un châle, et même un Bobby.
On égare le gilet qui ne nous tenait plus de sa manche.
Une boucle d’oreille rompt avec l’autre et s’en va, drame ordinaire de voisins qu’on n’a pas entendus se fâcher. Un bracelet part avec détachement.
Je ne perds rien. Je ne perds jamais rien.
Je passe en revue mon paquetage lorsqu’un lieu et moi nous disons au revoir.
Je marche consciente de chaque détail de ma pesée et de ses valeurs ajoutées.
Mais j’ai toujours cette crainte qui bat.
Qu’un élément va échapper à ma vigilance, et tomber de mon corps défendant, et rester là dans le sillage, sans que je l’entende, sans que son poids me manque, sans que je m’en retourne.
Son absence sera constatée trop tard.
Cette crainte bat sa plainte.
Car je ne saurais rien du perdu, de l’abandonné.
Je ne saurais rien de ce qu’il est advenu de lui. Je ne saurais rien de sa destinée.
Je ne saurais s’il a été piétiné, s’il a été balayé, s’il a été jeté, si sa fin est proche, si sa fin est prononçable.
Ou s’il a été recueilli. Lavé. Brossé.
Si on lui a donné un nouveau nom. Une nouvelle faction.
Comme pour un chien, la trace d’un vêtement disparu se perd.
Comme pour un chien, on demeure ignorant de son futur en notre absence.
Lui seul sait, où qu’il soit.
On perd connaissance, de lui, de lui sans nous.

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