lundi 29 avril 2019

Photo sans famille




Dans toutes les familles, on lègue des photos. Les photos de famille.
C’est ce qu’on lègue invariablement. C’est ce leste qui est toujours transmis.
Qu’il y ait oui ou non une fortune dans les poches.
Elles sont l’héritage, au sens propre et palpable (pas au sens monétaire).
Elles peuvent être nombreuses ou tenir dans un portefeuille.
Elles sont les documents officiels, aux visages comme des sceaux,
les preuves des vies dont nous découlons, d’un passé passé,
d’une histoire dont nous sommes le présent.
Plus les générations s’avancent, plus les visages deviennent des anonymes. Des fils se perdent. Des noms ne résonnent plus pour personne.
Des courages sont oubliés, des déclarations, des drames, des rencontres.
Et voilà que l’ordinateur est venu tout bouleverser, de ces desseins d’éternel.
Historiquement parlant, c’est tragique. Car dans les photos des lignées, reposent également les témoignages d’une époque, les indices d’une époque, les quotidiens d’une époque.
Mais on n’arrête pas le progrès.
Et des tranches de ces preuves sombrent dans les grands sans fonds du virtuel, dans des disques durs qui se fracassent et qui sont à jeter, avec leurs intouchables disparus.
Il n’y aura plus de traces, ce ne sera plus dans des boîtes ou des albums, pour être pointé du doigt dans 100ans par un enfant d’enfant devenu grand, nous désignant.
Ils ne connaîtront plus notre sourire de nos jeunesses.
Il n’y aura plus ce possible de montrer fièrement une silhouette sur une page, et de dire “elle était ma grand mère”.
Il y aura comme une ellipse, un manque, dans l’alphabet visuel des généalogies.
Alors, triez les vôtres, et tirez les vôtres !
Seuls restent ces morceaux de papier imprimé.
Et c’est déjà beaucoup. Une vie fixée sur un support, une immortalité.





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