lundi 29 avril 2019

Portrait craché portrait caché




Il y a ces visages dont on découle sans crouler sous leur poids.
Ces visages qui font jurer cracher que c’est de là que l’on vient.
Comme d’une région, d’une terre, d’une maison.
Et parfois, ces visages viennent de loin, d’une génération reculée.
On vient de là, et c’est comme si cet aïeul s’exprimait sous nos traits.
Cela pourrait faire croire aux fantômes.
Des expressions se répercutent. Des regards sont porteurs des mêmes pénombres.
Je viens de celui de ma grand mère. La mer de ma mer.
L’origine est bien là, ancrée, pour mes pommettes hautes, et mes grands yeux de sombres billes, et pour cette bouche qui en pense trop et qui en tait trop.
Je viens de là et c’est alors comme si je l’avais connue, elle est là tous les jours dans mes traits, emmêlée.
Et comme par hasard, mon miroir de bois taillé d’edelweiss, c’était le sien. Il a vu se superposer nos deux faces, et peut être même ne s’est il pas aperçu que c’était une autre main qui le tenait, lorsqu’il m’est revenu.
Il est troublant de voir qu’on nous lègue plus que des mots et des rites.
Il est troublant de se demander pourquoi c’est sur nous que ce visage fond, et pas sur un autre de la famille.
De mon grand père, j’ai les paupières presque bridées, dont on ne saura jamais d’où leur venait cet air exotique.
Jeudi il a filé, il a rendu son âme. Et comme au jeu du nez volé, je garde ses paupières.




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