lundi 29 avril 2019

Poupées gigognes




J’habite un 52. Dans une rue de Paris. Depuis le début de mes jours.
J’ai bougé dedans, j’ai déménagé dedans, plusieurs fois, j’ai changé d’étage, mais ce nombre est resté invariable.
J’ai la même adresse qui ne diffère pas d’une enveloppe.
Et il y a cette image que j’ai débusqué hier. Sur l’aussitôt, elle m’a touchée sans savoir pourquoi. Puis ces deux chiffres ensemble m’ont fait signe plus vivement, ont toqué comme un facteur et j’ai saisi l’écho.
De ce blouson estampillé.
Les vêtements on les habite.
Ils sont les maisons de nos corps. Ils sont le domicile de la peau.
Et on les investit comme des pièces à meubler, comme des pièces dans lesquelles il faut se sentir chez soi.
On les charge de nos respirations et de nos sueurs, de nos élégances et nos pâleurs.
Une même chose portée par l’un ou par un autre, ne sonnera pas pareil, sonnera creux, ou plein, ou différemment creux, ou différemment plein.
Un lieu et son locataire.
Il y a ceux qui nous accompagnent longtemps, que l’on use aux manches râpées, qui sont sûrs et dans lesquels on sait crécher.
Il y en a aussi qu’on ne peut jamais cerner, comme un appartement mal exposé ou trop bruyant, dont on s’échappe avec nos cartons sous le bras,
ne sachant comment les hanter.

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