lundi 29 avril 2019

Psychédyllique




Il y a ce tableau.
Il est de Jean-Jacques Henner, c’est le portrait d’une certaine
Madame Victor Lyon, il date du XlXe siècle.
Je ne le connaissais pas, une amie l’a découvert, au Louvre, il y a deux jours,
et elle m’en a envoyé la capture.
Évidemment, c’est déroutant, de voir une répétition de ses traits,
sur une inconnue et d’un temps qui a pris du recul.
Que je sache, je n’ai pas de lien familial avec cette pose.
Mais je me confonds dans cette ressemblance.
Dans le regard, et l’expression de la bouche, et le menton presque galoché,
et le teint pâle.
Et je m’y reconnais d’avantage que dans une photographie, comme si tout avait été saisi, dans ce que je sens être mon visage naturel, mon visage qui n’est pas de corvée de sourire, mon visage lorsqu’il ne pense pas à lui même.
Il n’y a, pour le dire ainsi, aucun objet appartenant à Narcisse chez moi ; pour le dire autrement, pas de miroir efficace. Ceux qui sont accrochés, sont tellement anciens, qu’ils ne servent qu’à être là, mais personne ne peut s’y apercevoir.
Ce tableau vient remplir cette absence de reflet sur mes murs.
Je ne sais si je trouve cette autre, belle. Et par extension ce que je songe de mon profil.
Mais je sais que sans être moi, il s’agit de moi.
Souvent on n’admet pas son physique.
L’une des conséquences est qu’on n’accepte mal les représentations de soi. Sur le papier, ce n’est pas ce que l’on avait en tête, l’image que l’on voulait donner, et même le résultat que l’on avait imaginé.
Et pourtant, être ami avec sa face, quelque soit cette face, permet d’être pile en chœur, d’être homogène,
et de cesser de jouer à cache cache avec les vitres.


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