lundi 29 avril 2019

Quel temps fait-il ?




J’entends cliqueter mon poignet. C’est un nouveau son.
Un son nouvellement venu.
Un son qui compte les secondes.
Qui compte jusqu’à 60 comme une partie de cache cache.
Un son qui compte pour moi.
Les objets ricochent d’une génération à une autre. Les objets se passent en relais.
Et depuis un hier, mon bras porte les grammes de la montre de mon grand père.
Cela importait beaucoup pour lui, ce qu’il adviendrait de ses choses.
Ma grand mère s’est en allée il y a des années. Et lorsque lui est parti, chacun de nous, nous qui formons une famille, a pioché dans son bazar, pour que cela soit sans fin.
Car il les aimait comme j’aime les miens, ces objets, comme des trésors, quelques soient leurs valeurs, des trésors de plastique, des trésors de voyages, des trésors en vrai, des trésors de rien, des trésors se souvenant.
J’avais choisi une horloge. Une grande horloge qui a toujours battu le rythme de leur maison.
Qui était le bruit de cette maison. Le grillon de ce logis.
Mais mon chez moi est une maison de poupée, aux plafonds bas, à ma taille. Et l’horloge en question n’en n’aurait fait qu’à son chapiteau, et n’y aurait pas tenu debout.
Et ma famille, (ma mère, mes tantes, et mon oncle), m’ont alors confié sa montre. Cette montre. Cette montre qu’il s’était offert dans des années fastes. Cette montre Jaeger LeCoultre des années 60. Cette montre avec laquelle il faisait tout. Avec laquelle il jardinait. Avec laquelle il bricolait. Une montre avec un bracelet robuste et sans-façon. Une montre aimée qui vivait là à côté de sa main, qui ne le quittait pas d’un pouce, comme un chien fidèle et acceptant les loufoqueries de son maître.
Une montre qui s’était arrêtée. Épuisée. Comme son cœur de 95ans.
Alors avec ma mère nous l’avons apportée à l’horloger qui fait des miracles, qui ressuscite ces temps morts. Chez Antoine de Macedo.
C’est Clément qui l’a guérie.
Elle était très sale à l’intérieur, et les aiguilles étaient oxydées. Peut être comme celle du chapelier toqué.
Mais cet hier, elle s’était réveillée. Et de la voir réanimée, c’était comme si mon grand père s’était glissé quelque part dans le mécanisme, dans la trotteuse qui trotte et qui courre sans souffler.
C’est une montre d’homme. C’est la première et la seule que je posséderai. Et il me semble que quelque chose a changé. Que je suis renforcée, par ce masculin ajouté à mon frêle poignet.
C’est la montre de mon grand père.
Je porte ses heures sur moi. Il est là. Et il me dit quel temps il fait.







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