lundi 29 avril 2019

Vol à l’étalage





C’est une vitre. Au début c’est une vitre. C’est justement une vitre.
Et puis on la regarde, mais on ne la regarde plus de travers, on n’en traverse plus la paroi tel un fantôme qui a ses dons.
On la regarde en arrêtant son regard à sa surface, en n’allant pas plus loin.
Et puis ce n’est plus une vitre.
C’est un miroir. Un miroir trouble mais qui suffit. Où si le regard est tenté par le vertige de l’horizon, nous disparaissons. Un miroir qui est fugitif, qui pourrait nous fausser compagnie, à nous et à l’expression que l’on a figée pour l’occasion.
C’est une chose que tous nous avons commise. C’est un réflexe.
De voler le reflet d’une fenêtre, et de la monopoliser jusqu’aux bords, pour vérifier si notre visage est bien en place, si tout y est si rien ne manque.
Si le rouge aux lèvres est toujours rouge. Si les cils sont toujours bien en rang.
Et d’oublier, pendant cet épisode de for intérieur en extérieur, que nous n’étions pas chez nous.
Que nous n’étions pas seul avec notre écho.
Je sortais de chez le coiffeur. Et il s’imposait de reprendre la main.
C’était trop lisse et ça se voyait. J’ai trouvé une vitrine qui semblait déserte. Et je me recoiffais. Sans crainte.
Mais comme dans les cages des reptiles au zoo, on les croit tapis, et puis on les discerne dans le vert.
Des yeux me regardaient, et je me recoiffais en plein dans leur mille,
en public. Impudique.
Et leur dérobais leur devanture.
C’est du vol à l’étalage.


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