samedi 4 mai 2019

À la bolée



À tous les petits déjeuners de mon enfance, ma mère me faisait croire que la tache de brillance au plafond, provenant du reflet de la lumière dans le chocolat chaud, et qu’elle faisait bouger en remuant le bol contenant le liquide fumant, c’était ma bonne étoile venant me dire bonjour.
Et je la guettais davantage que le vrai Soleil. C’était elle mon aube. Et c’était par le bol qu’elle avait pu apparaître.
Et si mon étoile arrivait par le biais d’un verre d’eau, j’y croyais moins. J’étais moins dupe de mon imaginaire. Car l’enfant s’attache à l’exactitude d’un miracle qui se répète. Il est pointilleux quant à ses détails. C’était un bol qui avait permis ce miracle la première fois. C’était à ce bol d’être le support permettant la magie.
Il a fini par s’ébrécher beaucoup. Les objets enchantés sont souvent bringuebalants, parce qu’on leur en demande trop, on leur demande que le prodige se reproduise encore et encore.
Mon bol d’aujourd’hui contient lui aussi la frontière entre la nuit et le jour. C’est par lui que ça passe. C’est par lui que la Lune est écoulée.
C’est le sablier du retour du sommeil ; la durée qu’il faut pour le vider, mesure le moment consacré à cette renaissance.
Il est comme un chien du matin ; un compagnon qui inaugure, qui accueille le réveil. Il a cette constance d’un repère infaillible sur lequel on s’appuie.
Et si j’en lève les yeux avant la dernière gorgée, j’aperçois parfois au dessus de ma cime une certaine étoile.

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