samedi 4 mai 2019

À livre ouvert


Je vais avoir l'air en vrac.
Je sais bien qu'il y a là un nez deux yeux deux sourcils et une bouche.
Je n'oublie rien. Je sais que j'ai tout le lot. Et que ce lot c'est le mien.
Je le sais je le vois.
Mais souvent je ne sais pas dans quel ordre cela se range.
J'ai un sourcil plus haut que l'autre. Qui se hausse sans raison. Pas seulement durant les colères offusquées. Au repos, même.
Il me semble que c'est le gauche. J'oublie toujours lequel.
Évidemment lorsque je veux le voir en train, il fait l'innocent, il imite tout comme l'autre.
Parfois j'arrive à le débusquer au détour d'un miroir. Sitôt qu'il croise mon regard il se couche.
Mais sur les photos il fait son malin. C'est ainsi que je le connais.
Je ne domine pas mon visage. On voit tout ce que je pense.
Il n'y a pas de frontière entre mon intérieur et mon extérieur.
Je lis souvent cette phrase : "Faites leur votre plus beau sourire".
Je le voudrais, mais c'est lequel ?
J'en ai essayé, j'en ai répété.
Mais face à l'altérité, celui qui surgit de moi est toujours le même, l'incontrôlable, qui m'échappe comme un éternuement. Un sourire sans arrières pensées. Un sourire immense, le plus grand, vulnérable.
Mon corps croit, et sûr comme fer, que s'il offre ce qu'il a de plus entier, cela se verra qu'il ne veut mordre personne.
Et pourtant, qu'importe la qualité du sourire, sourire suffit.
Lorsque l'on pense à quelqu'un, on ne pense pas à son sourire. Le sourire est un mouvement, un geste. Le sourire est un éclat spontané. On ne le saisit pas. On ne l'ancre pas dans le souvenir que l'on a d'une personne.
Lorsque l'on pense à quelqu'un, c'est une image engourdie qui nous vient, et corrigée selon ce que l'on veut en croire.
Mais mon corps décide à ma place d'être franche de la figure.
Je n'ai pas dû faire grimacer suffisamment mon enfance. Grimacer exerce les traits à se maîtriser.
Mes joues et mon front et mes zygomatiques, ne se sont pas assez entraînés.
J'avais peur de rester bloquée dans une singerie si un courant d'air passait par là.
C'est un mythe qui court, et les gosses tiennent aux mythes.



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