samedi 4 mai 2019

Albums à colorier


On regarde les photos d’un autre temps.
Les photos qui disent comment cela existait, comment cela s’habillait, depuis le début de la photographie, jusqu’aux années 50.
Elles sont en noir et blanc.
Et à les regarder de si près, on finit parfois par croire que leur monde était vraiment en noir et blanc.
On finit par croire que les vêtements ne variaient pas de ces deux teintes.
On voit des contrastes. On voit des ombres.
Qu’il y ait des sourires ou non sur les visages, c’est toujours cet uniforme des nuances.
On finit par ne plus savoir imaginer quelle gueule cela avait. En vrai.Qu’il y avait forcément du bleu du rouge du vert du jaune, et la suite de la gamme.
Bien sûr il y a les choses palpables, les vestiges du passé, les objets et les monuments, et évidemment la peinture, qui nous le prouvent.
Mais il n’y en a pas la trace sur les clichés.
Sur le papier, il faut présumer, de ce que cela devait être, et cela demande un effort de coloriage.
Alors, que cela soit Louise Brooks, ou notre arrière-arrière-grand-père, nous les pensons en noir et blanc.
L’Histoire, se serait abîmée jusqu’à se décolorer, et c’est seulement avec la fin d’une Guerre mondiale, que l’on a pu témoigner sur pellicule des coloris.
Et pourtant, les costumiers du cinéma choisissaient les robes, choisissaient les chemisiers, choisissaient les écharpes, avec autant de soin aux pigments, voire plus, qu’aujourd’hui.
Ils les choisissaient pour la carnation de l’acteur, pour les vœux du réalisateur, pour la cohérence du personnage.
Ils les choisissaient pour cet envers du décor, un envers du décor auquel le public n’avait jamais accès.
Car le public, voyait en vérité tout en terne, nuageux, orageux.
Des générations ont vécu ainsi, avec ce rapport là à l’image, frustrées au point d’en repeindre certaines au pinceau. De les repeindre à leur convenance, modifiant parfois le ton d’une épreuve à l’autre.
Il y a « Pleasantville ».
Comme tout bon vieux film qui se respecte, les personnages vivent dans le noir et blanc.
Sans se poser de questions. Rien ne sort de leur cadre. Ils sont un peu tristes, ils en deviennent gris d’humeur.
Mais un jour le bariolage fond sur eux, et cela change leur vie, en joie.
Ils découvrent un autre sens, cela leur éclate aux yeux. La couleur a ce pouvoir là, le pouvoir de l’euphorie.
Et si on ne peut la posséder, la posséder jamais, on peut pour un instant, la saisir dans son vol.


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