samedi 4 mai 2019

Allons enfants


Mon grand père me racontait la guerre.
Il en parlait pour trouver dans ses propres mots le sens de ce qu'il avait vécu.
D'un chien avec lequel il avait mangé dans la même gamelle.
De sa jeunesse qui lui avait échappée car elle avait été sacrifiée pour la guerre.
Mon grand père me racontait la guerre. Je me disais même qu'il radotait sa guerre.
Avec ma sale impatience qui vivait un temps béni. Jusque là.
On écoute jamais assez les anciens.
L'un de mes amis vit dans un pays qui reçoit des bombes.
Il arrive qu'il m'écrive alors que la peur tombe du ciel à quelques kilomètres.
Mais il y vit. Et il y danse. Et il s'y fait beau pour sortir. Et il va boire du vin rouge.
Il passe entre les gouttes. Il ne pense pas que l'une d'elles pourrait l'atteindre peut être.
Il va falloir prendre exemple. Il va falloir continuer.
Il va falloir remettre nos pieds sur le bitume. Il va falloir parler à voix hautes.
Pour remplir de nouveau de nos sons, nos sons à nous, nos sons de paix, le dehors.
Il va falloir toutes nos futilités, tout notre dérisoire.
Car la légèreté habite dans le dérisoire.
Et une part de la liberté, aussi.
Depuis vendredi 13, Paris faisait son silence. Elle se taisait comme nous.
Elle se taisait sans bruit. Comme pour se cacher. Comme pour nous cacher.
Peut être aussi pour laisser s'endormir ceux qui s'éteignaient.
Elle ne bougeait plus. Quand on perd quelqu'un on perd aussi ses gestes. Quand on perd quelqu'un on n'a plus de gestes.
Et puis elle a recommencé. Je me souviens que c'est un bambin sur son vélo, qui a rompu son mutisme à mes oreilles.
La vie reprend toujours son cours par le rire d'un enfant. C'est lui que l'on espère. C'est lui que l'on veut entendre. C'est lui qui ne se retient pas.
Il va falloir l'imiter.
Allons enfants. L'espoir va se faire de la place.



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