samedi 4 mai 2019

Aux pieds des hommes


En ville, on ne voit jamais les pieds des hommes.
Ils nous les cachent. À croire qu’ils ont de la pudeur placée là.
On ne voit que ceux de notre amoureux, à la maison.
Mais dans le dehors, ils nous les dissimulent.
Leurs chaussures sont lacées et renferment ces frileux, réservés aux intimes.
Mais j’ai aperçu les pieds d’un homme. Nus. Dans la rue.
Un inconnu. Il portait des sandales de cuir, brunes comme une terre. Et son pantalon était retroussé.
On voyait tout, on voyait absolument tout.
De la naissance des chevilles à deux bosses, jusqu’au gros orteil qui se soulevait en marchant.
Les racines d’un arbre.
Les pieds d’un romain, ou d’un grec. Dans des spartiates réglementaires rudimentaires.
Je n’ai pas vu la tête à laquelle ces pieds appartenaient. Je n’ai pas vu le propriétaire.
Mais il offrait ses pieds.
Il les offrait au trottoir comme si ces pavés étaient une plage.
L’été commence toujours par le bas. L’été, commence toujours par les pieds.
Et ce sont eux que les femmes libèrent de l’hiver en premier.
Il avait compris cela. Tel un Picasso sur la Côte d’Azur.
Que c’est par les pieds que l’on attrape les vacances.
Que c’est par les pieds que l’on aborde la légèreté.
Après, on tourne le coin, et parfois le rhume nous attend là, ça c’est le talon d’Achille.






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