samedi 4 mai 2019

Beaux bobos


Les chaussures sont une invention d’adulte. Les enfants n’en n’ont pas besoin.
Ils en perdent parfois. Souvent. De vrais héros de contes qui sèment des souliers partout.
Ainsi, je marchais toujours pieds nus. Malgré les phrases venues des hauts visages des parents qui craignent le froid, et le pire. Et même dehors quelques instants si je pouvais échapper à la surveillance. Ma mère me rattrapait alors avec la paire à lacer. Mais dans ces laps volés à sa vigilance, je connaissais l’herbe et la terre entre les orteils.
Cette fois là, le vieux parquet de la maison m’avait glissé une énorme écharde. Mon père me l’avait ôtée et désinfectée avec son eau de Cologne. C’était le soir. C’était la campagne. La bouteille d’alcool à 90° était vide.
C’est un de mes premiers souvenirs. Le vrai premier même, peut être.
Je ne me souviens pas de la douleur. Que cela ait piqué. Cela a dû piquer pourtant. Je ne me souviens que de mon orgueil à cette blessure brave.
Il y a des épines que l’on accepte. Des épines nécessaires.
Lorsque l’on se pique à une rose ou à une ronce, on ne s’en plaint pas. C’est pour la fleur des fleurs. C’est pour cueillir des mûres. C’est un échange. C’est une rançon à payer, de s’y égratigner, de donner quelques gouttes de sang contre leurs fiertés.
Cela fait partie de la cueillette. Mettre des gants ce serait lâche.
Un chat que l’on approche, on en connaît ce risque. On sait que des griffes traîneront aux caresses qui ronronnent. Que ces griffes nous agripperont pour un instant. Que nos mains devront porter leurs pointillés quelques jours. Les gens qui ont un chat, sont reconnaissables à ces zébrures rouges.
Et ainsi, il n’y a pas un bijou qui n’érafle pas un peu. Les bijoux se frottent à la peau. Et pèsent aux oreilles de leur lourd. Et serrent les doigts. Et piquent le poignet ou le cou.
Et même, c’est ainsi que l’on sait leur présence. Que le corps observe qu’il ne les perd pas.
Mais nos bijoux, s’ils font mal, on ne les quitte pas pour autant. On dort avec. Et on se réveille endolori d’avoir eu le bras couché dessus dans un mauvais sens. Avec leurs marques sur la joue. Et même on s’y attache, à leurs cachets du saut du sommeil. Qui disparaissent comme la rosée.
Il y a des bobos que l’on aime avec vaillance.





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