samedi 4 mai 2019

Bouts de chemin


Dans les cimetières, je ne vois presque plus de fleurs.
Plus de couronnes. Plus de lys ni de chrysanthèmes. Plus de dahlias fanés.
Il y a encore juste quelques stèles fleuries, éparses comme des pétales pris dans du vent.
Elles sont les tâches de couleurs des lieux. Elles, se remarquent.
Elles semblent avoir reçu plus de tête-à-tête que les autres.
Il fait froid. On marche là entre les épitaphes, les mains grelottantes dans les poches, et la tête baissée pour veiller à ne pas poser le pied sur l’un de ces repos, et parce que l’on cherche un nom, une date, gravés.
Et on discerne alors un détail sur les granits et les marbres. Un détail gris, parmi toutes ces nuances de gris. Un agencement silencieux.
Ça a été fait avec du gravier des allées. Quelques cailloux déposés sur des tombes. Parfois en monticules de deux ou trois qui tiennent malgré le crachin.
Depuis leurs gestes balbutiés, les Hommes empilent des pierres. Partout. Ils érigent vers les cieux ce qui tient le mieux debout.
Pour durer contre leur éphémère, ils font des murs. Qui portent les noms de dolmens, de pyramides, de maisons, d’églises…
Ils savent que la pierre leur survivra plus longtemps qu’un « toujours ».
On ne voit jamais ceux qui laissent ces petits tas de caillasse sur les sépultures. C’est un geste qui ne se repère pas, un geste minuscule de l’extérieur, qui passe inaperçu.
C’est un recueillement humble, indiqué par une poignée de silex qui durera plus qu’une floraison dans un vase.
Mais ces éclats de rochers en offrandes à des morts, sont des bouquets, à leur manière. C’est une pensée figurée avec un peu du chemin.



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