samedi 4 mai 2019

Cache-cache


"Rien ne se perd, tout se transforme".
Dois-je en déduire cela : "Dans une maison rien ne se perd, et tout se transforme" ?
Dois-je en déduire que cet objet que je cherche chez moi, et cela depuis des jours, se serait transformé ?
J'ai remué mon appartement, je suis allée dans tous ses fonds ;
J'ai ouvert des tiroirs insoupçonnés, ceux que l'on omet parce qu'ils servent seulement de remises aux inutilités dont on ne sait pas quoi faire, mais que l'on garde au cas où ; j'ai regardé sous le lit ; j'ai émietté de la poussière, j'en ai soulevé beaucoup ; j'ai tout sorti d'une boîte, puis tout rangé, puis tout ressorti. Puis tout rangé. Puis tout ressorti.
Et j'ai tout recommencé depuis le début. À deux reprises.
J'ai cherché partout, et même dans l'absurde. Dans des endroits où il ne peut pas être.
Il ne le peut pas. Ce ne serait pas logique. Mais au désespoir de ma cause, j'ai regardé quand même. Parce qu'on ne sait jamais. Qu'un instant de lubie pourrait avoir eu lieu sans que je m'en rende compte, j'aurais pu le mettre là après tout. Une fois. En me disant qu'ainsi je m'en souviendrais, que cela serait tellement inouï comme emplacement que je ne pourrais pas l'oublier.
On égare lorsque l'on rompt une habitude. Lorsque l'on déplace exceptionnellement.
On croit toujours que l'on s'en rappellera. L'habitude, libère la mémoire. L'habitude, on se repose dessus. On n'a pas à y penser. C'est là et c'est infaillible.
Mais le moindre changement dedans, dans cette récurrence, et c'est le trouble.
C'est l'amnésie. Sa place, il n'y est pas, c'est vide comme tout.
Il y a quelque chose qui m'échappe. Si je m'organise bien, si j'observe un par un les meubles,
en partant de l'entrée, si j'observe méticuleusement les possibilités, je devrais tomber dessus.
Il ne peut pas être bien loin. Il est là quelque part. Peut être sous mon nez. Ça l'amuse certainement.
Il se marre silencieusement comme un gamin dans une partie de cache-cache.
Et pourtant chez moi ce n'est pas le bazar. Il n'y a pas une épingle dont je ne connaisse la botte. Et quand mon amoureux s'informe de ses lunettes, je sais précisément où il les a laissées, et cela sans effort, sans y penser. Je sais où sont les choses. D'ordinaire.
Ce dont je suis sûre, c'est qu'il va se montrer tout à coup. C'est une question de patience.
Et que je m'exclamerai alors que c'était évident, que j'aurais dû y penser.
Bien sûr ce sera dans le seul coin que je n'aurais pas fouillé. Mais je ne sais pas lequel c'est.
En attendant je compte jusqu'à 100.

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