samedi 4 mai 2019

Caresser un rêve


Les meilleurs rêves, les plus grands, ceux qui nous laissent de l'indicible sur le visage,
ceux que l'on tait au réveil par superstition, ce sont ceux où l'on est dedans.
Le rêve, c'est de s'y voir.
On entre dans des boutiques qui vendent de l'inaccessible, mais on essaie quelque chose, quand même, juste pour le reflet dans le miroir. Juste pour ces quelques minutes d'absence au réel. À s'y contempler. À s'y croire. À croire que l'on pourrait ressortir du magasin avec cet habit.
Et à ce qu'avoir cet habit changerait.
Le rêve est égoïste. Le rêve est narcissique.
J'en ai un fabuleux. Et le soir je m'y berce. Avant de m'endormir.
C'est un rêve en savane. C'est un rêve en Afrique. Où j'ai un lion comme ami. Comme dans les contes. Un lion pas féroce. Un lion apprivoisé. Sans cage.
Il y a des variantes. Parfois le lion est une lionne. Parfois la lionne est un tigre.
Mais toujours il s'agit d'un grand fauve, dont les crocs ne me mordent pas.
Un jour, dans un instant inoccupé, pour jouer, sans pensées en arrière, j'ai fait un montage photo. Sommaire, grossier, aux énormes contours.
J'ai mis ma tête à la place de celle de quelqu'un qui vit pour de vrai ce rêve que je me raconte.
Et je m'y suis vue. L'image n'était plus dans mon imaginaire. Elle existait. Grossière, mal dépolie. Mais concrète. Sous les yeux. À portée de vivre.
J'en ai fait d'autres. J'en ai fait plein.
Et ce qui s'est passé, c'est que ces montages ont commencé à me suffire.
Et à me combler. Car les rêves ne se soucient pas des détails, des inconvénients, des embûches. Les rêves ne sont pas réalistes.
J'avais commencé à rêver de cette vie là. Maintenant je rêve du rêve. De ce qu'il est devenu. De ses images seulement.
Maintenant c'est comme si j'allais vraiment parfois en Afrique. Une part de moi s'y emporte. Et ramène ces photos pour preuves.









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