samedi 4 mai 2019

Ce que l’enfance ramasse.


Si le Petit Poucet avait des cailloux à semer, c’est qu’il les avait d’abord cueillis.
L’enfance ramasse des trucs.
Elle a cette curiosité presque maladive, à fouiner dans les poches des grands, dans les chemins, dans les mares et les flaques.
À retourner tous les rochers et toutes les questions, à espérer des trésors.
À chercher le plus beau coquillage, et il n’y aura peut être qu’elle pour voir qu’il est unique.
L’enfant est un chineur. Il se penche sur les restes du monde.
Il recolle les morceaux. Il cherche les débris des assiettes cassées, il croit pouvoir les reconstituer.
Il oublie ses récoltes. Mais il les garde. Il garde les poignées de mica et les plumes des oiseaux.
Il va à la pêche, à la ligne ou à pied, il attend les miracles.
Et puis les miracles ne viennent plus. Et c’est la vie qui vient. Il se heurte à elle.
Et contre elle il grandit. Et contre elle il s’oublie. Il a maintenant les crocs du raisonnable.
Il se détache de ces émerveillements. De la fraîcheur de tous les pourquoi.
De la fraîcheur des découvertes.
Il ne pose plus les bonnes questions. Il ne ramasse plus que les brillances.
Mais un jour, plus tard, des ans plus tard, il retrouve une boîte, elle contient ces butins de l’âge tendre. Et il se souvient de l’endroit et du temps pour chacun, c’est intact.
Et pour quelques instants, et c’est à cela qu’ils devaient servir, ces galets le ramènent à son innocence.

1 commentaire:

  1. "Mon pied avait accroché une pierre qui faillit me faire tomber. J'ai voulu savoir ce que c'était… C'était une pierre de forme si bizarre que je l'ai mise dans ma poche pour l'admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit. J'en ai encore trouvé de plus belles, je les ai rassemblées sur place et j'en suis resté ravi." Ferdinand Cheval

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