samedi 4 mai 2019

Crise de tête


J’en ai eu, des crises vestimentaires. Plusieurs. Certaines franchement graves.
Les crises vestimentaires, sont tout à fait identitaires.
La crise de l’adolescent passe d’ailleurs en partie par des revendications de l’accoutrement.
L’ado comprend combien le vêtement peut exprimer. Combien le vêtement peut révéler.
Il cesse de se faire habiller par ses aînés. Il commence à choisir ses habits.
Il commence à se définir.
Il se cherche.
Il cherche à quel clan il veut appartenir.
Il cherche son identité.
Quand « Erin Brokovich » est sorti, j’avais 14 ans, et je voulais m’habiller comme cette Julia Roberts là.
C’est à dire très moulant, très court, très haut, très très.
Je l’ai fait. J’étais parvenue à ce que l’on m’offre d’hideuses plateformes en plastique rose, que je trouvais sublimes.
Je portais des soutiens-gorge rembourrés pour palier à ma plate bande.
Mes parents me laissaient faire, il fallait bien pour éviter des cris.
Un jour, le collège m’a interdit son entrée, je devais retourner chez moi me changer. J’étais bonne élève, j’adorais l’école, j’ai donc obéi. La honte aux joues qui juraient.
Puis cette passade est passée, elle s’est résorbée d’elle même, en quelques mois, comme une éponge qu’on essore.
Je n’ai plus fait de houle pendant quelques temps. J’avais plutôt les bonnes lubies.
Je m’inspirais de Frida Kahlo pour faire grandir mon courage à me déterminer.
Et puis c’est reparti, une autre crise sous une autre emprise.
Et ainsi de suite, régulièrement, jusqu’à la dernière datant de 2012.
Cette fois je mélangeais tout, c’était un bazar sur moi. J’étais surchargée d’informations qui ne se répondaient pas. J’étais l’incohérence même. Je voulais être des années 30 et des années 50 en même temps. Je voulais tout et son contraire.
Celle ci fut la pire. Comme un grand chambardement, comme de sortir tous les meubles pour repeindre les murs en blanc.
Le tout est de ne pas rester coincé dans une crise.
J’ai tout repeint. Je suis repartie d’un zéro tout neuf.
Et j’ai rebâti, cette fois solidement. Et sereinement.
J’avais œuvré pour cela, pour cette quiétude là, pour une clairvoyance de goûts et de couleurs.
C’est cela que je visais. C’était sûr.
Et pourtant, quand on pense s’être trouvé, il ne faut pas pour autant se figer.
Il ne faut pas s’empêcher de chercher encore, car le présent n’a jamais la réponse.
Il faut que cela vive encore, et même que cela tremble. Il faut laisser la fenêtre ouverte à d’autres possibilités. Sans baisser les bras et sans les croiser.
Et pourtant la tentation de ne plus bouger d’un iota, est immense.
L’appât du rien, l’appât du ferme et définitif, nous désire.
Car lorsque l’on pense s’être trouvé, on pense qu’on va souffler, qu’enfin c’est accompli.
Et l’immobilité nous tente.
Mais il ne faut pas devenir immuable, car l’immuable s’ennuie.
On sait désormais éviter les points d’acmé. Mais on va pouvoir être à notre apogée.


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