samedi 4 mai 2019

De but en blanc


Le blanc ne compte pas.
C’est lui le neutre.
Et s’il est un t-shirt, c’est lui la simplicité. Et qui saura accueillir des détails plus chargés comme s’il était un fond, comme s’il était l’écran qui reçoit les films, comme s’il était la toile vierge du peintre qui appose une à une les touches des couleurs.
Mais je n’en porte pas. Lorsque l’on possède un visage juvénile à tout bout de champ, et un corps qui va de paire, et une peau sur laquelle le soleil ne tient pas, il y a ce risque toujours dans les parages, de faire, en blanc, « première communiante ».
Et pourtant, le blanc, c’est un basique. Que j’envie mais que j’esquive.
Et pourtant le blanc viendra à moi. Et je l’ai déjà éprouvé.
Il n’était pas là la veille.
Le premier cheveu blanc il apparaît comme ça, venu de nulle part.
L’intrus est repéré tout de suite. Il se montre, il est différent des autres, il est tout fier.
On ne voit que lui.
J’ai eu le mien. Comme une médaille. Comme la première étoile à la neige. Comme un certificat de l’âge adulte. À 20 ans.
C’était le premier. C’est le plus contrariant. Je l’ai eu.
Je l’avais arraché celui ci (paraît qu’il ne faut surtout pas faire ça), je lui avais coupé l’herbe sous le pied, à la racine.
Et je l’avais scotché sur une page, en herbier, en souvenir, avec la date et l’heure de la moisson.
Et depuis il n’a pas refait surface.
Et j’ai le temps jusqu’au prochain.
Il était venu pour se présenter. Pour que je me fasse à l’idée.
Il était venu faire un signe, pour que je sache comment réagir à nos retrouvailles.
Et finalement, cette blancheur qui reviendra, ne vaudrait il pas mieux la laisser se faire sa place, et l’accepter comme un gage de sagesse, et faire exemple pour donner du courage à ceux qui n’osent pas la canitie ?
Des couleurs reculent, s’éloignent, en voici une autre.
Qui était si prisée en perruques à Versailles.
Un jour, dans un avenir, je serai de ceux de celles sur lesquels on se repose. Et je ne voudrais pas être alors une épaule aux mèches qui mentent.
Je voudrais savoir porter les années comme je sais porter les robes.
Je croise une femme dans ma rue, souvent. Elle doit avoir 25 ans de plus que moi. Elle a des tâches de rousseur, et du rouge à lèvres. Je m’identifie. Et elle est poivre et sel. Elle s’en fiche. Elle sourit. Elle est magnifique.
Le blanc cela va avec tout.

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