samedi 4 mai 2019

Du sel




Je ne dors pas.
J’entends couler des sons dans le ciel qui est derrière la fenêtre, le ciel du dehors,
le seul ciel.
Ce sont des sons qui viennent varier cette insomnie.
Elles, ne dorment pas non plus. Malgré cette heure. On se dit qu’elles ont attendu que tout se soit assoupi, ou presque tout, et même les autres volatiles, et maintenant elles ont le ciel libre, et elles en profitent, et elles y caracolent.
Pourquoi dormir, quand on a de l’azur sombre pour soi tout seul ?
Pourquoi dormir, lorsque l’on a ces plumes qui passent en gloussant
juste dans notre coin ?
Elles vivent ici. En fait elles ne sont pas de passage. Elles se sont faites nocturnes, et elles se sont faites migratrices.
Il y a comme ça des mouettes qui ont décidé de venir vivre à Paris.
Un jour, ça leur est monté à la tête, cette idée d’horizon. Et après les brassées d’ailes du long voyage, elles s’y sont posées.
Avec leur cri, elles ont apporté la mer. L’évocation de la mer.
Et elles la font voler au dessus des boulevards.
On croirait qu’un chalutier va donner de sa corne de brume sur la Seine.
On croirait qu’il y a des vagues à voir à deux pas, à Pont Marie.
On va aller ramasser des coquillages dans une heure si on le veut.
Parce qu’un seul son peut suffire, pour figurer un monde.
Et ce son seul peut suffire à étayer une insomnie.
C’est le chant des oiseaux qui rythme ces heures qui cherchent du sommeil, et les sauve.
Et maintenant voilà l’aube à peu de chose près, et les merles vont bientôt prendre la relève.


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