samedi 4 mai 2019

D’un instant à l’autre


Pour commencer c'est infime.
La genèse d'une expression dans un visage, elle est imperceptible.
Une ombre qui apparaît.
Un muscle se tend, un muscle s'étire.
L'ébauche grandit, et l'expression se nomme.
C'est un sourire, un étonnement, un froncement.
On a laissé voir ça. On a laissé une altérité être le spectateur de cette éclosion.
Il a tout bu. Il a regardé cette ascension. Il ne s'en est même pas rendu compte.
Et puis cette expression, saute de l'un à l'autre. C'est un échange. Elle passe de notre visage à celui de l'interlocuteur. Et elle perd la tête, et elle ne sait plus duquel elle dépend.
Elle revient sur nous.
Il va falloir la défaire.
Et défaire une expression, requiert de la précaution. C'est rompre ce lien taiseux entre ces deux partis.
C'est délicat.
Car cela signifie défaire une émotion.
Il faut trouver ce moment où l'autrui baisse les yeux, pour qu'il ne voit pas que l'on s'en va, que l'on quitte le jeu, que l'on rompt ce face à face.
Que l'on va s'en aller, soit vers un autre lieu, soit vers un autre sujet. Et que cela nécessite de repasser par ce calme des traits. Pour faire le point. Pour les reposer. Qu'ils ont besoin de ce répit. Pour mieux rebondir.
Et si cet autre en est témoin, il pourrait s'en vexer, il pourrait se troubler de voir que l'on s'absente.
Mais peut être que pendant qu'il avait les yeux baissés, il a fait de même, qu'il a délacé sa mine. On ne l'a pas vu. On avait baissé les yeux aussi.


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