samedi 4 mai 2019

En dérangement


J’y suis allée. À Venise. Il y a quelques jours.
J’y suis allée et je suis revenue. Dans les mêmes 24 heures.
Ce n’était pas la première fois.
Je suis allée entendre l’italien de la Lagune, et vérifier que certaines pierres et certains lieux n’ont pas trop vacillé sous le temps et ses vagues.
Et voir une exposition immanquable à mes yeux, celle d’Axel Vervoordt au Palazzo Fortuny.
Ça sautait de joie en moi à l’idée de voler ça au cours tranquille d’une semaine.
J’y suis allée. Je vends cette mèche.
Mais avant ce départ, j’étais tétanisée devant mon miroir.
Je lui pompais le mercure.
Je lui usais le visionnaire.
J’avais renversé toute mon armoire, ou presque, sur mon lit. Pour que ça se mélange. Pour bien voir. Ça n’y changeait rien, la révélation restait de marbre.
Parfois pourtant ça marche, comme ça, deux tissus deux couleurs se rejoignent dans leur dérangement, comme des voisins ou des voyageurs.
Mais malgré le bazar que je brassais, il n’y avait pas la moindre évidence sous la main.
J’essayais et rien n’allait et plus rien ne m’allait.
J’exigeais de mon amoureux des avis et des réponses. Il en énonçait mais ça ne clarifiait rien.
J’hésitais.
Et puis je suis gémeaux, et la phrase « choisir c’est renoncer » on m’en a servi un énorme lot à la naissance, et je suis vraisemblablement tenue d’écouler ce stock à chaque minute, tenue à cette difficulté de trancher. Les options sont mon cauchemar.
J’étais devant ce miroir.
Et c’était trop ou pas assez.
Je ne voulais pas avoir l’air d’une touriste qui fait sa ronde.
Je ne voulais pas faire primer le confort comme mot d’ordre.
Je ne voulais pas que ma peau soit la seule chose qui règne, sous le prétexte d’une chaleur annoncée et prévue.
Je voulais ne pas abîmer l’endroit en faisant tout à l’envers.
Il fallait être à la hauteur de ces murs. Il fallait être à la hauteur, et ne pas venir là en saccage.
Mais non plus, je ne voulais pas avoir l’air de m’être déguisée.
Je voulais être là comme si j’y habitais.
Venise est peut être et sûrement, l’adresse où mon corps a le plus de mal à trouver sa place.
Certes j’y suis, j’y suis donc une touriste, mais tous les touristes ne se ressemblent et ne s’assemblent pas.
Et ces cargos de pieds qui viennent fouler cette île comme ils iraient à Disney, qui font le tour de San Marco avec un manche à selfies et des poses, et des shorts et des tongs, je ne veux pas y être assimilée. Je ne juge pas mais je ne me reconnais pas.
Finalement, j’ai mis la blouse que j’ai brodée d’après celle de Matisse, et cette jupe que j’ai depuis mon enfance, et que je portais déjà lors de mon premier séjour à 10 ans, et qui s’est raccourcie pendant que je grandissais.
J’ai mis un temps exagéré, à établir cet équilibre.
Mais c’est le juste milieu que l’on passe une vie et encore à trouver et en tout.


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