samedi 4 mai 2019

Fantôme automatique



Comme ça, quand je suis assise, je croise les jambes deux fois ; je pose la cuisse droite sur la gauche et je fais passer le pied droit derrière le mollet gauche, ou tout l’inverse. Ce n’est pas un choix raisonné de ma part, c’est un choix de mon corps, ce sont mes muscles qui s’y attachent en bas depuis je dirais toujours.
Il y a quelques années, j’ai trouvé dans les albums de famille du côté de ma mère, une photo du père de mon grand-père, de mon arrière-grand-père Émile, en train de fumer la pipe sur un banc de jardin, avec ses jambes tressées pareilles. Il paraît qu’il faisait ça tout le temps. Que c’était sa manière de se disposer. Je ne l’ai pas connu. Ce n’est donc pas du mimétisme.
C’est comme si son geste survivait en moi, comme si cela habitait dans mes nerfs, comme un fantôme dans mes automatismes. Et si l’on s’ausculte, on a tous de ces élans inexplicables.
Un geste a une raison, un but. Il prend il pose il tire il soulève il… Ce sont tous les verbes d’action. C’est le corps qui s’entoure des mouvements nécessaires pour vivre. Il n’y pense pas. On n’y pense pas. On exécute ces réflexes, accompagnés des outils qui les étendent, des objets qui les prolongent. On vit. On bouge. Mais parmi eux, parfois, on sent comme un intrus, un geste qui n’a pas vraiment lieu d’être, qui ne sert à rien. Qui n’a pas de propos. Une manie qu’on n’a jamais vue naître en soi. Mais qui est là. Qui s’invite chaque jour et depuis longtemps. Si on cherchait on ne se souviendrait pas de sa première apparition. On dirait qu’on est né avec. Et c’est peut-être le cas. Ou peut-être est ce une visite…


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