samedi 4 mai 2019

Fulgurance


Cela va se passer d'un seul coup.
On aura vu les bourgeons avant. On les aura guettés, et mesurés. On les aura touchés sans pouvoir s'en empêcher. Le lisse du bourgeon attire les mains comme des insectes, comme certaines robes de certains animaux que l'on veut caresser.
On se sera inquiété pour eux aux neiges tardives, et aux pluies de Mars, les violentes et imprévisibles, les trombes.
Et puis on se sera résolu à faire confiance au ciel. À se dire qu'il sait ce qu'il fait bon sang.
Qu'il le faisait déjà bien avant nous. Qu'il fait ça chaque année depuis des siècles et plus encore. Qu'il gère.
Que sa pluie est parfois violente comme un seau jeté à la face du matin des saisons qu'est le printemps, pour le réveiller, le réveiller franchement, mais qu'il sait s'y prendre.
Qu'on ne réveille pas tous les printemps pareil.
Qu'on ne réveille pas tous les sommeils de la même façon.
Que d'une année à l'autre, cela n'a pas dormi pareil. Tantôt plus légèrement, tantôt avec l'agitation.
Mais que dans tous les cas, il faut le réveiller, et le secouer, ce matin des saisons.
Alors on a oublié de s'inquiéter. On a laissé les bourgeons se protéger les uns les autres, et se préparer, et se concerter.
Et un jour, on sort comme la veille, mais tout est en feuilles.
Cela s'est fait très vite. On dirait une surprise organisée pour nous. On dirait vraiment qu'ils se sont bruissés que c'était pour aujourd'hui. Qu'ils se sont donnés le mot, relayé par des oiseaux et du vent dans leurs branches.
Cela s'est fait en une nuit pour tous les arbres des alentours. On n'avait rien remarqué.
Cela devait pourtant se voir hier en pousses discrètes qui sortaient en éclaireurs.
On n'a rien vu. On n'y croyait plus, on râlait tellement qu'on en avait oublié d'observer. L'impatience se lasse.
Mais ça y est. Et on s'en écrie.
Ce sont les marronniers qui nous le montrent le mieux.
Les marronniers au vert tout neuf, énormes, croulants. Mais ils sont prêts à porter tout ce poids de leurs plumes. Prêts pour des lustres s'il le faut. Prêts pour les fleurs de bientôt.
Cela s'est fait en une nuit seulement.
Mais on n'imagine pas l'effort qu'il a fallu pour faire pousser tout ça, d'un seul coup.

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