samedi 4 mai 2019

Grains de beautés


L’humain a ce besoin de catégoriser. De faire rentrer les formes dans les cases correspondantes. De croire les reconnaître. Comme l’enfant et ce jeu de bois à ranger le carré dans le carré, et le triangle dans le triangle, et le rond dans le rond. C’est l’éveil.
C’est pour reconnaître les choses. Et savoir les nommer.
Et ainsi pouvoir les relier, les rattacher entre elles. Pour que cela tienne debout dans la tête.
Ce ne sont pas des banalités. Mais des repères. Qui prennent la forme de légendes urbaines.
Les sourcils de Frida Kahlo. Ceux là. Les très fameux. Qui se rejoignent à l’emplacement d’un troisième œil.
On ne peut pas penser à elle en effaçant ce détail emblématique.
Ils sont là comme son nez au milieu de sa figure. Sur les photos. Sur ses tableaux.
Il y en a qui les trouvent sublimes. Il y en a qui ne trouvent pas.
Mais beaucoup diraient que ce sont ceux d’Emmanuel Chain.
C’est un inconscient collectif.
C’est la notoriété d’un élément , qui le fait devenir un inconscient collectif, qui s’implante.
Un parmi tant. Il se forme à un mythe. Il se forme à un film.  Il se forme à un livre.
Les socquettes blanches font écolière, l’imprimé léopard fait prostituée, le rouge et le vert ensemble font Noël.
Mais cela peut signifier autre chose pour nous.
On a ses codes. Qui ne sont plus du tout collectifs. Mais très intimes.
C’est notre inconscient, tout court et en un mot.
Des références formées par notre histoire.
Le léopard peut représenter la savane et des images de Peter Beard, le rouge et le vert une juxtaposition de couleurs sur les corps des bords du Gange.
Une manière d’aimer ci.
Et de détester ça.
Et l’on est toujours connoté pour autrui. Car nos anecdotes ne sont pas les siennes, et vice et versa.
Et la phrase que l’on nous assène si souvent « Cela me fait penser à… » est inévitable.
Et même cela peut nous gâcher la journée tant ce rattachement qui nous est imposé n’est pas le nôtre. Nous on trouve ça beau. L’autre sous entend peut être que lui, pas.
La beauté n’est pas unanime. Elle n’est pas la même pour tout le monde.
Le regard qui s’éclipse sous l’eye liner et le mascara, qui se noie sous ce charbon, c’est un canon étendu que je ne comprends pas.
Je crois que mon visage est à son comble avec les lèvres au vermillon intense et mat et mes paupières diaphanes et toutes nues.
On me dit parfois que c’est suranné.
Mais je me crois belle. Et je le suis selon mes critères.
Rien n’est beau aux yeux de tous.
On entend de Grace Kelly qu’elle est la perfection, ou trop lisse.
On entend du Centre Georges Pompidou qu’il est une œuvre d’Art, ou bien une honte.
On entend de la Joconde qu’elle est un sommet, ou un ennui.
Mais il y a les avis de la majorité. La question est de s’y plier, ou non.
Frida s’était inventée.
Déjà en 1926, à 19 ans, elle posait en costume d’homme pour le portrait des filles de la famille.
Et avec ses sourcils.
Elle était de la même trempe que la petite de "L’Amant" .
On peut décider d’être beau.
La beauté, c’est celle que l’on se choisit. C’est celle que l’on se choisit avec les goûts que l’on a, qui est la seule qui compte.
Puisque même les étoiles peuvent laisser de marbre les blasés ou les rabats la joie.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire