samedi 4 mai 2019

Halte là !


Au début du chemin de fer, les amérindiens qui prenaient le train s’allongeaient sur le quai à l’arrivée. Lorsqu’on leur demandait pourquoi, ils répondaient « j’attends mon âme, elle ne peut pas aller aussi vite ». Ils avaient l’habitude d’avancer à pied ou à cheval, en rythmes faits pour le corps et le cœur et le reste.
Nous courrons après la ville.
Elle va plus vite que nous. Elle s’emballe.
Nous ne sommes pas immobiles, mais nous n’arrivons pas à tenir la cadence et à marcher dans ces pas qui n’en finissent pas de se presser. Nous pourrions la regarder passer.
Mais nous sommes en retard, nous nous précipitons pour monter dans le métro qui sonne, nous ratons une exposition à un jour près, nous sautons un déjeuner, nous avons les jambes qui se hâtent.
Et qui flanchent.
Tout porte à se dépêcher. Pour rattraper la trotteuse.
Et tout porte à choir.
Mais il y a des objets, qui sont une pause à ce rythme déchaîné.
Parce qu’ils demandent un effort à l’usage.
Parce qu’ils résistent à l’expéditif.
Et ainsi, il y a le stylo dont le bouchon se dévisse.
Il y a les boutons à la boutonnière.
Il y a certaines fermetures éclair qui ne glissent pas comme sur des roulettes.
Des objets qui ralentissent les gestes du citadin.
On ne les prévoit pas. On ne leur donne pas rendez vous.
Ils s’imposent dans l’emploi du temps.
Et ils demandent notre attention et nos deux mains qui s’y adonnent.
Ils sont égocentriques. Ils réclament que l’on s’y consacre.
Et même le machinal devra se pencher quand même sur cet acte à accomplir.
Et ces objets, qui forcent à l’arrêt, extraient pour un instant l’urbain de sa précipitation.
Des objets qui sauvent. Des outils de la halte.
Des objets qui volent une seconde. Ça et là.
Mais mis bout à bout cela fera peut être toute une heure.
À la bonne heure.





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