samedi 4 mai 2019

Homonymes


Avez vous ce petit pincement au ventre quand vous le voyiez écrit quelque part pour un autre ? Quand vous vous rendez compte qu'il n'est pas à vous seul ? Quand vous vous rendez compte qu'il faut le partager avec des inconnus ? Et que vous avez cela en commun, malgré vous, sans même vous rencontrer.
Le prénom, ne nous appartient pas.
Un prénom est un prêt. Il a été à d'autres avant nous, qui l'ont roulé à leurs vies comme du verre dans la mer. Ils lui ont donné un sens, une histoire, des dégâts, des lumières ; des destinées.
Est ce qu'un prénom nous répond ? Est ce que notre prénom nous cherche parfois comme un chien perdu ?
Le mien vient de temps en temps me rejoindre.
Ainsi, il y a des années, aux puces, je passais devant chaque semaine sans la regarder, cette boîte qui craquait de machins, du "tout à 1€", et je croyais qu'il n'y avait là rien à extraire.
Mais un samedi, inexplicablement, j'ai fouillé, en me demandant pourquoi je soulevais des boulons et des porte-clés.
Et tout au fond, dessous le dernier support de rouille, il y avait un coeur d'émail marqué "Avril".
Et de nouveau, il y a deux mois, alors que nous allions tourner le clip d'une chanson avec ma bande, la prestidigitatrice maquilleuse que je ne connaissais pas encore, laquait mes ongles, et me dit le titre du vernis, un Chanel, et ce titre était "April".
Un prénom, cela se porte. Comme un habit. C'est une désignation dans laquelle on se drape.
On peut s'y sentir mal. Certains n'aiment pas le leur. Ne trouvent pas leur aisance dedans, le trouvent trop commun ou trop original, blâment leurs parents d'avoir ainsi choisi si mal, de s'être trompés contre leur gré. Ils en complexent comme d'un détail du corps.
Mais un prénom, cela se porte aussi comme on porte un enfant à bout de bras pour lui faire voir plus haut plus loin.
Celui que l'on a reçu, prend un peu de nous pour le rajouter à sa charge. On contribue chaque jour à sa biographie. À le rendre unique pour notre durée. À ce qu'il soit roux ou brun, grand ou petit, avec cette voix qui l'accompagne.
Ainsi pour Dominique, Sara, Joséphine, Françoise. Elles hébergent ces baptêmes. Elles ont dans leurs traits de caractère, les héritages qu'ils recèlent. Mais chacune en fait quelque chose d'incomparable. Quelque chose de reconnaissable entre mille.
Et celles qui seront bientôt nommées Dominique, Sara, Joséphine, Françoise, auront une part de ces femmes, sans le savoir.
Il ne sera plus jamais pareil, d'avoir été à leur contact.




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