samedi 4 mai 2019

La boussole


Aux grands retours les grands problèmes.
On s'ausculte dans le miroir domestique, le vrai l'unique, celui de chez nous, l'apprivoisé.
Celui qui nous reflète couramment. Celui dans lequel on se reconnaît. Celui dans lequel on se permet tout. Et que l'on retrouve.
Et on veut voir si c'est changé. Si quelque chose a bougé avec les vacances. Dans le visage.
Comment c'est, la tête du repos halé.
Et puis on se cabre. On fixe ce que l'on vient d'y découvrir. On s'approche. On change d'expression en grand en large et en travers, pour voir si cela disparaît, si ce n'était qu'une mauvaise illusion.
Mais c'est toujours là. C'est imperceptible. Seuls, le miroir et nous l'ont vu.
La naissance d'une racine. La naissance d'un ruisseau.
Un cheveu qui n'est ni sur la tête, qui n'est ni dans la main, ni sur la langue, mais sur la peau.
J'ai constaté une ride. Elle est là, elle est terrible.
Elle est au coin de ma bouche, à droite. Elle se dirige vers le bas.
C'est la première. Elle est toute seule. Elle le sait bien.
Elle a le champ libre.
Et ce n'est pas celle que je veux. J'en veux des rides. Mais des rides qui rigolent. Des rides d'une bonne figure.
Il fallait qu'elle soit justement là. Il fallait qu'elle me fasse remarquer que je n'ai pas souri assez jusqu'ici. Et qu'elle y mette l'accent. Qu'elle plombe et accroche et tire vers le bas la joie qui se montre.
Car c'est le rôle de la première. D'indiquer une tendance. De donner à montrer comment nos traits se comportent. Dans les grandes lignes.
Et la première, si elle n'est pas de celles qui ont le rire à la ronde, il faut la prendre comme une alarme, et il faut la contrer.
Car ce n'est pas encore une ride. C'est une poussée. Il faut la désorienter. Et se changer l'attitude.
Ainsi ma mère en a eu sur le front à 30 ans. Elle avait le souci au dessus des sourcils. Elle a vu ça, ces vagues du tracas, et elle a entendu qu'il fallait qu'elle s'apaise. Elle n'en a plus une seule à cet endroit.
La mienne, mon baromètre, je vais lui infléchir un nouveau cap.
Car si elle m'esquisse que je fais trop la tronche, je vais me forcer à l'allégresse.
Car se forcer à l'allégresse conduit à l'allégresse. C'est juste un pli à prendre.





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