samedi 4 mai 2019

La fin


Quand on commence un livre, on le lit en sachant qu’il y a un bout. On regarde parfois son nombre de pages, c’est une mesure que l’on prend.
On le lit en connaissant cet intervalle jusqu’à sa fin. Et même on sent cette fin entre nos mains, on sent comme on s’en approche si les pages lues sont plus nombreuses que celles à lire.
Certains trichent un peu, et s’enquièrent du dernier paragraphe avant d’entamer l’introduction. Ils ont l’ultime mot en tête, ils ne peuvent pas l’oublier. Mais ils lisent le livre tout de même, pour voir comment on en arrivera là.
Lorsque le feuillet se fait très mince, lorsqu’il n’y a plus que deux ou trois coins à tourner, on ne l’avait pas vu arriver. Mais c’est fluet d’un coup entre les doigts.
On a alors le cœur qui se met à palpiter, soit parce qu’on s’emporte de l’impatience de découvrir un dénouement, soit parce qu’on ne veut pas que cela se termine déjà.
Parfois, on fait durer cette extrémité jusqu’au lendemain, en se gardant ces trois pages encore un peu.
Devant les phrases qui s’amenuisent, on s’oblige à la tempérance, on freine ses yeux comme un cheval. On s’applique à chaque mot. Mais tout doit finir.
Et c’est fini .
Et si on observe encore quelques instants le volume, on voit ce livre se refermer tout seul, la couverture s’abaisser lentement, magiquement.
Et l’avez vous remarqué, qu’alors on le saisit, qu’on le tient quelques instants encore, qu’on le tient comme on tiendrait un sentiment entre ses bras ?



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire